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21 / La politique sociale face aux défis de l'ultralibéralisme

Autre publié le 22/01/2012 à 23:45, vu 858 fois, 0 commentaire(s), Auteur : Benammar Christian
           Lettre au  Congrès du PS belge  -   Bruxelles      1996        -            &

           Lettre au  Congrès du PS belge  -   Bruxelles      1996        -                                  (Michel Rocard avait écrit  qu'il ne partageait "qu'en partie" la 3ème proposition)  . 

                            :  une analyse et trois objectifs prioritaires .

                                La politique sociale  peut-elle offrir encore
l'espoir d'améliorer le sort des catégories défavorisées  ?   La question
posée lors du Congrès 1996 du PS belge, a été l'occasion d'empoignades
verbales vigoureuses symptomatiques du malaise général engendré par la
crise . Bien que je ne sois pas membre du PS, j'ai apprécié la liberté et la
diversité des critiques  émises à ce propos.
Néanmoins,  le débat ouvert sur le thème,  m'a semblé quelque peu réducteur
et liturgique, voire incantatoire. Comme si, dans la pensée des militants,
(en Belgique comme en France), la représentation du monde était figée par
 excès et ignorait les fabuleuses transformations qui se font jour...
Ainsi donc, j'ai trouvé souhaitable de suggérer que, par  nos temps de
crise, une autre inspiration de la politique sociale devrait germer et
ouvrir la porte à des analyses plus lucides ... appelant  au besoin , comme
celle-ci, l'attention  des autorités de l'Union européenne .

                      Par exemple , en partant du constat suivant,  qu'à
l'époque de la mondialisation , ce sont les conditions de la concurrence et
 la montée en puissance de l'ultra libéralisme, bien plus que le transfert
technologique résultant des programmes  d'aide et de coopération avec
l'étranger, qui ont affaibli l'Europe, et l'ont dépossédé de ses capacités
 productives et de leur maîtrise  .

      En moins de vingt ans, il faut le rappeller , des secteurs entiers de
production en Europe , ont été transférés , piratés , cannibalisés ,
fossilisés par un libéralisme mondialiste débridé , grand prêtre de la
sous-traitance et du redéploiement industriel . Soi-disant pour lutter
contre la concurrence et rétablir la compétitivité. En  réalité, pour
élargir des profits qui vampirisent l'Europe par le biais des marchés et
des entreprises associées .
Sous le diktat  camouflé d'une spéculation financière outrancière
affranchie de ses liens traditionnels avec l'industrie, des troupes de
travailleurs désemparés ont été abandonnées en rase campagne, sans
 activité d'échange ni de renouvellement, tandis que des entreprises
 survivantes, étranglées par un marché en peau de chagrin et le squeeze
 des prix, s'entre-déchirent aujourd'hui  dans une course suicidaire  aux
 réductions des marges et des coûts .
L'ultra libéralisme , pieuvre de l'économie libérale ,  joue avec les
frontières selon ses seuls intérèts, en manipulant les entreprises et les
marchés comme des pions .

                Tissu industriel  saccagé, paysage social défoncé ,voilà une
pathologie qui n'a pas alarmé suffisamment le politique. Comme pour le SIDA
on a tardé à ouvrir les yeux et joué  l'effet placebo. Les spécialistes ont
tout incriminé : la concurrence étrangère, la productivité,le progrès
technique, l'immigration, la dette publique, les dépenses, les salaires, les
taux d'intérèt, la consommation, les charges sociales, l'ouverture des
frontières, les changements de Société...
Curieusement, le facteur ultra libéral  (dont on ne connait d'ailleurs que
la version apologétique qui le confond avec le mondialisme) n'a jamais été
pris  en considération .
Ce n'est que récemment,avec le thème de la mondialisation ,que l'on a
commencé à prendre conscience de l'ampleur des effets pervers du pouvoir
 financier exogène , incontrôlable.  Le temps passé à qualifier les faits
témoigne des difficultés à reconnaître  la nature profonde des évolutions et
à réagir avec perspicacité. Mème dans les comptes nationaux,  le mal
colossal de ce pseudo-mondialisme est illisible, invisible !

                    Evidemment,  les changements ne sont pas tous imputables
à la dérive du  commerce international ni aux débordements de la spéculation
financière.On ne peut ainsi oublier que pour construire l'Europe dans un
contexte mondialiste, il faut aussi assainir les marchés, restructurer les
forces productives ,  mettre les canards boiteux à la féraille, préparer en
somme l'avenir au prix d'une réorganisation  générale, même si, pour
l'instant, cette action fait monter des tensions le long de la fameuse
fracture sociale.
 Malheureusement, la tentation est partout trop forte dans les médias de
présenter " les grands travaux " comme la phase terminale de la crise,
alors  que ces derniers ne visent ,en vérité, que le long terme .

                        Au bout du compte ,le citoyen de base, lui , est
toujours en attente de jours meilleurs , et  se sent  de plus en plus mal
de voir  tout ce qui le concerne reculer : l'emploi , les revenus , la
sécurité sociale , l'école, l'environnement....  et  même s'aggraver avec la
 marche forcée vers la monnaie unique . Il subit une crise de Société
majeure, qui le déstabilise chaque jour davantage.
Le pire est , me semble t-il , qu'au coeur de ses convictions,l'idéologie
ultra libérale, libertaire et anti-étatique , déboulonne sournoisement de
son piédestal la pensée traditionnelle , conservatrice ou progressiste,
 pilier séculaire et sécuritaire  du monde moderne. Paradoxalement, dans
 le désordre spirituel qui se fait jour, la gauche intellectuelle parait
 frappée d'inertie et cultive l'esthétisme, tandis que l'extrême-droite,
seule, prêche la révolte,mais se trompe d'adversaire .
                               C'est donc,  le regard tourné  vers les
ruines  fumantes laissées par le libéralisme prédateur  qu'il faut penser
restaurer une économie sociale aujourd'hui très affaiblie.  A l'articulation
 des stratégies de pillage ultralibérales et du projet d'Union européenne
(version grand marché anglosaxon). Là où reprend force la problématique
 de la Société duale  dont vient justement de  s'inquiéter le PS belge .
Ainsi, la réflexion sociale est inéluctablement ramenée à la question
centrale de l'impact et du traitement des maladies du mondialisme aux
différents  stades de son développement.
En particulier,l'essor fabuleux et génial des classes moyennes dans la
Société européenne  du vingtième siècle n'est-il pas remis en question par
la  surchauffe des rapports marchands ?
                                    Si donc la politique sociale n'est pas
de subventionner à fonds perdus l'exclusion ou la marginalisation des
excédents  de population active , mais de corriger  les dérapages du projet
de Société choisi , alors, pour " l'Europe des gens ",  trois actions
prioritaires s'imposent face aux défis de l'ultra libéralisme :

                    1 /  Construire l'avenir dans l'idéal du projet
européen  :
            La construction européenne est un chemin de civilisation
aujourd'hui étroit et escarpé. Dans les circonstances présentes, le
Parlement européen  ferait  bien de s'alarmer du déficit d'image et
d'enthousiasme du futur  bastion de notre démocratie et de nos libertés ,
dû  en large part à la  critique excessive de  ses propres représentants et
à  l'insuffisante médiatisation  des travaux du Parlement et de la
Commission eurpéenne.
 Par ailleurs , toutes les villes européennes devraient créer des lieux de
rencontres communautaires permanentes ( arts ,culture,lettres,sports,
tourisme, emploi...etc ). A cet égard, il me parait choquant d'observer que
ni Stasbourg ni Bruxelles,ni les capitales européennes, n'en possèdent
encore à ce jour. En la matière, qui sait, en Allemagne, que seuls ma
famille sinistrée par la guerre, l'extrême-droite et les martyrs juifs me
parlent de l'Allemagne et jamais les Allemands réunifiés eux-mêmes,
qui regardent fixement vers l'Est et si peu le Sud !?...

                       2 /  Combattre le pillage des ressources de la Cité :
 Dans le dispositif institutionnel européen actuel, il manque une autorité
supérieure de la concurrence, non figurative, capable d' imposer un code de
bonne  conduite aux entreprises européennes en quête de partenaires . En
particulier celles  qui ont la tentation de filer à l'anglaise par-delà les
frontières  pour jouer des stratégies "mondialistes" sous l'action d'un
virus tueur d'entreprise, infiltré dans le capital volatil de
l'actionnariat à la suite d'une association malencontreuse (?).
Ces innombrables sangsues de l'Europe , souvent manipulées par des holdings
monstrueuses et des capitaux débarqués du marché financier international,
tirent des  dividendes exhorbitants du marché local .  C'est " main- basse
sur la ville " dans le style du cinéma des années 1950 .
 La technique de piratage reste complexe mais elle utilise un schéma qui se
répète fréquemment.  Former d'abord,un partenariat d'entreprise puis peser
sur l'actionnariat majoritaire.  Redéployer  l'outil de production  et au
besoin le transférer à l'étranger. Enfin, se retirer quand l'intérêt n'y est
plus ou est ailleurs .
Cette voie conduit  à la désertification industrielle et à remettre ,
imprudemment, la gérance  du marché national entre les mains de forces
étrangères cupides, parfois nuisibles et hostiles. C'est de surcroît, le
tonneau  des Danaïdes et le cimetière des politiques sociales, vite épuisées
 à tenter de réparer, avec  des budgets toujours plus ;insuffisants, les
destructions sauvages de l'économie sociale.
                    On ne le dit pas assez : le scénario ultralibéral de la
pompe aspirante n'est jamais celui de la croissance  nationale, mais celui
 de la croissance infinie du capital sans  frontières. Sur le dos des
entrepreneurs et des travailleurs phagocytés. Et même du  système
 bancaire local .
Sans être utopiste ni protectionniste, l'Europe doit imposer des règles de
solidarité minimales. Comme aux Etats-Unis, il ne doit pas être permis de
jouer contre son camp.
Déontologie, cartons rouges et tribunaux, voilà une panoplie de mesures à
confier à une autorité arbitrale assurée .
Que pourrait devenir l'Europe piégée dans un tel scénario, sans limite
juridique, alors que  la conquête de l'espace interplanétaire est dans le
prolongement immédiat de la mondialisation  ?
Fiction le risque d'assujettissement de la Société démocratique ? Voire ....

                        3 /   Reconstituer le tissu social :
                    Et pour cela, implanter au coeur des quartiers
populaires des îlots de production et d'artisanat (fourmilière de petits
ateliers hyperactifs) , à forte intensité de main-d'oeuvre, véritables
greffons de  tissu social, dans une perspective  de revitalisation de
 l'économie urbaine  et régionale.
J'avais déjà plaidé en faveur de ce modèle économique ("Le Soir" 1987)
au vu de ce qui se passait à Bruxelles, bien avant les émeutes de 1991,
singulièrement lorsqu'on atteint des seuils de pauvreté quasi-asiatiques et
que  se rompent les dernières chaînes de solidarité sociale.
Or , depuis cette époque, la situation , ici  comme ailleurs , n'a cessé de
s'aggraver malgré les soupapes  de sécurité qui ont été  posées et en dépit
des emplois  et des revenus  de substitution répréhensibles (drogue,
 prostitution, délinquance) que l'on a vu naître et exploser en milieu urbain,au
point de mettre en doute et retarder les Accords de Schengen (discours Pasqua).


Dans cet objectif, la réhabilitation de l'entrepreneur à la manière du
néolibéralisme anglais ne suffit pas . Il faut aussi mettre en oeuvre une
politique  de croissance fondée sur la création d'emplois productifs
favorisant les techniques de fabrication moins industrielles, plus
 industrieuses (place à une immigration asiatique et marocaine activiste !).
Grâce à la présence simultanée d'une forte immigration et d'un environnement
 industriel moderne, on  peut encore parvenir à renverser l'appropriation
des parts de marché perdues dans le passé dans la sphère de production de
masse liée à la grande distribution (textile, chaussures , électro-ménager,
 jouets, radio-tv , brico, agro...) et non réattribuer à d'autres les emplois de service
qui coûtent chers à la Société mais amortissent le coût social global de la crise .

                  En regard des défis de l'ultralibéralisme, l'inspiration
de la politique sociale me parait dérisoire, qui conduit à proposer (à
droite) l'ouverture  de zones franches (!), parkings de la misère , ou à
proposer (à gauche)  le partage du temps de travail (!) ou  la création
 d'emplois de proximité , formes  improductives et coûteuses de
 redistribution du  travail disponible .
La volonté politique de rénovation  malheureusement  fait défaut .
Sous de vieilles lunes, l'arbre cache la forêt : la  crainte  d'enchaîner le
travail  enchaîne la liberté du travail  .
 Aujourd'hui, on doit y prendre garde  : pour contrer l'ultralibéralisme, la
politique  sociale, pierre angulaire ou pierre d'achoppement de toutes les
évolutions,passe par l'alliance nécessaire et sans contrainte de
l'entrepreneur et du travailleur .

Benammar Christian

diplômé ENA -Alger-

licencié en sociologie

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