Les ONG et la protection des espèces animales et végétales au Bénin

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La protection de l'environnement semble indisposer les Etats Africains qui font peu d'effort en cette matière. Le combat pour la protection des espèces animales et végétales est devenu une préoccupation essentielles des ONG. Regards croisés.

Les ONG et la protection des espèces animales et végétales au Bénin

            Introduction

 « S’il existe un sujet qui revêt un caractère de grandeur, dépassant les horizons humains, c’est la protection des biens éternels de la nature, dont nous sommes les détenteurs passagers et responsables » affirmait le Roi des Belges, Victor VAN STRAELEN[1], pour signifier l’indispensable prise de conscience face la destruction entamée de la nature.

La protection de l’environnement est devenue, depuis plusieurs décennies déjà, une préoccupation majeure de l’Homme qui est désormais appelé à faire des compromis afin de trouver un équilibre entre la recherche de son bien être quotidien et la préservation de la nature pour les générations futures. La prise de conscience s’est faite à l’échelle universelle, étant entendu que les bouleversements environnementaux constituent un problème qui n’épargne aucune partie de la terre.

Comme l’affirment Sandrine MALJEAN-DUBOIS et Vanessa RICHARD[2], depuis plus d’une trentaine d’années, l’outil juridique est sollicité pour protéger l’environnement, et, tout particulièrement le droit international, dès lors que les enjeux revêtent une forte dimension transnationale. La logique de la législation environnementale internationale consiste à demander aux Etats de prendre, sur le plan interne, toutes les mesures nécessaires à l’application des dispositions des conventions auxquelles ils ont souverainement adhéré, dans leur propre intérêt et dans l’intérêt de la communauté internationale. Il peut s’agir de l’application de dispositions constituant des obligations formelles ou de dispositions pouvant être comprises comme contenant une obligation de mener un certain nombre d’actions protectrices de leur environnement[3]. C’est par exemple le cas de la réalisation d’une étude d’impact pour tout projet susceptible d’avoir une incidence sur l’environnement[4]. La biodiversité connaît une érosion sans précédent : les espèces animales et végétales disparaissent à un rythme mille fois supérieur au taux d’extinction naturel. Or cette accélération est d’origine anthropique. L’indice planète vivante qui estime les effectifs de certaines populations d’animaux s’est réduit de 30 % depuis les années 1970[5].

Cependant, bien que constituant une préoccupation mondiale et universelle, la question de la protection de l’environnement exige d’adopter, pour l’obtention des résultats satisfaisants, une démarche qui relève de la spécialisation ou de la spécification des instruments, mécanismes, moyens, et acteurs engagés dans cette lutte. On note alors, en ce qui concerne les instruments de protection, une diversité de textes régionaux et internationaux relatifs à l’environnement[6] touchant chacun un domaine spécial et précis.

Pendant plusieurs années les solutions politiques et juridiques à elles seules n’ont pas pu résoudre les problèmes liés à la gestion durable de ces ressources. Ainsi une nouvelle approche associant les réalités socioculturelles à la protection et la sauvegarde de la biodiversité et de l’environnement a été développée dans plusieurs parties du monde et aussi par le Réseau Africain pour la Biodiversité (African Biodiversity Network -ABN) auquel participent plusieurs ONG béninoises qui ont adhéré à cette approche[7]. Les différents projets et expériences de ce réseau ont permis aux membres béninois du Groupe «Cultural Biodiversity » d’avoir une meilleure compréhension de la relation entre biodiversité et la culture, d’élaborer une vision globale de la biodiversité culturelle, de travailler avec les jeunes leaders, les chefs traditionnels et religieux, les élus locaux et les ONG spécialisées dans la protection de la biodiversité et de l’environnement.

En ce qui concerne les acteurs, trois catégories peuvent être dégagées à savoir les organismes publics et étatiques, les organismes internationaux et les organisations non gouvernementales qui prennent souvent la forme d’associations à but non lucratif.

Cette dernière catégorie retient l’attention dans la protection de la nature. En effet, en 2010, Madame Chantal JOUANNO, alors Secrétaire d’Etat chargée de l’écologie a affirmé qu’ « il n’y a pas de protection de l’environnement sans l’engagement ni l’enthousiasme des acteurs locaux de la société civile[8] ». Cette affirmation constitue une reconnaissance publique voire un hommage public rendu aux associations et organisations non gouvernementales qui se sont assignées comme mission de lutter contre la destruction de la nature et ses composantes.

Mais au lieu de verser dans un sentiment euphorique de satisfaction, il convient de s’intéresser à l’action de ces associations dans la protection de l’environnement. D’où thème de recherches « Les ONG et la protection des espèces animales et végétales au Bénin ».

Par définition, ONG[9] est un acronyme de organisation non gouvernementale, personne morale, qui se fixe pour mission ou objectif de mener  un combat précis dans l’intérêt de la communauté au sein de laquelle elle s’est implantée. Institutions de la société civile ayant un but social, les ONG sont financées par des partenaires techniques et financiers étrangers dans l’exécution des projets entrant dans le cadre de leur objectif. Toutefois, l’Etat peut accorder des financements aux ONG dès lors qu’elles ont été élues pour participer à l’exécution d’un projet gouvernemental. Dans le cadre de la présente étude, les ONG seront entendues dans leur assertion la plus large englobant les associations et autres organismes caritatives œuvrant dans la lutte pour la préservation des espèces animales et végétales au Bénin[10]. On dénombre un nombre en perpétuelle croissance des ONG spécialisées dans la protection de l’environnement. Certaines de ces organisations sont accréditées et admises dans les réseaux mondiaux dont la mission est de réduire considérablement les atteintes humaines que subit la nature[11].

Etat de l’Afrique de l’Ouest, la République du Bénin est située dans la zone tropicale, entre les parallèles 6°30 et 12°30 Nord et les méridiens 1° et 3°40 Est. Elle est limitée au Nord par le fleuve Niger, au Nord Ouest par le Burkina Faso, à l’Ouest par le Togo, à l’Est par le Nigéria et au Sud par l’Océan Atlantique. Elle s’étend sur une superficie totale de 114 763 km2 avec une côte longue de 125 km et une distance à vol d’oiseau de 700 km de l’Atlantique jusqu’au fleuve Niger. Administrativement, le Bénin est un Etat déconcentré et décentralisé avec 12 départements et 77 Communes. Le Bénin regorge une faune et une flore riche d’espèces rares. La population du Bénin croît de façon exponentielle. De 6.300.000 habitants en 2002 (INSAE, 2002) elle est évaluée en 2012 à 9.983.8842 dont 51,2% de femmes, avec un taux d’accroissement de 3,5% sur la période 2002-2013. La répartition très inégale, avec 60% de la population qui se trouve concentrée sur la partie méridionale représentant à peine 10 % de la superficie totale du pays. Le niveau de pauvreté reste élevé malgré la richesse du pays en biodiversité et en ressources naturelles. L’état actuel des conditions de vie des populations révèle en effet, une pauvreté persistante. Selon les enquêtes Emicov 2011, l’indice de pauvreté global est passé de 35.21% en 2009 à 36.20% en 2011, avec une plus grande incidence en milieu rural (39,69%). Ces indicateurs ne sont pas de nature à réduire à court terme le niveau actuel des pressions sur la diversité biologique. Le secteur rural assure au Bénin une autosuffisance alimentaire en produits de grande consommation tout en contribuant pour environ 40% au PIB, 80% aux recettes d’exportation et 75% des emplois, du fait de la disponibilité et de la qualité appréciable actuelle de sa diversité biologique.

A l’instar de tous les pays du monde, et en particulier les pays en voie de développement, ces richesses naturelles sont menacées d’extinction à cause de l’activité humaine. Des milliers d’espèces aussi bien animales que végétales font l’objet de diverses menaces dans le monde du fait d’activités humaines telles que la destruction de l’habitat, la surexploitation et la pollution. Cette situation qui est très liée à la recherche des moyens de subsistance de l’homme n’épargne aucun pays de la planète. Au Bénin, la destruction des espèces animales et végétales se fait presque à un rythme effarent en dépit des multiples campagnes entreprises par les ONG à l’endroit des populations. En effet, la menace qui pèse sur les espèces animales du Bénin trouve sa principale source dans le braconnage et la destruction massive et anarchique de forêts. Enfin la dégradation des ressources biologiques s’est également intensifiée ces dernières années, en partie à cause de l’urbanisation rapide et le gouvernement a dû s’engager à accorder la priorité à la planification environnementale dans le processus de développement durable du pays, en tenant compte, notamment, de la détérioration de l’environnement et de la dégradation des ressources naturelles, de l’amélioration nécessaire du système de gestion environnementale, d’une meilleure utilisation des ressources publiques et d’une meilleure connaissance des défis liés à l’augmentation de la population urbaine.

Aujourd’hui, il y a consensus autour de l’idée que la surexploitation aussi bien des espèces animales que végétales au Bénin a atteint des proportions alarmantes. Les Médias, qui ne sont pas restés en marge de cette situation, relaient très généreusement l’information. En effet, dans sa parution du 12 Aout 2012, le quotidien L’autre Fraternité[12] écrie : « La destruction des forêts au Bénin est désormais de notoriété mondiale. Le pays vient d’être classé 4e sur la liste des nations à fort taux de déforestation. Ce classement est issu des données recueillies par le World Ressources Institute et Greenpeace, deux organisations internationales qui luttent pour la préservation de l’environnement et qui se sont appuyées sur le logiciel Google Earth qui permet d’observer en temps réel l’évolution de la destruction des forêts. Deux autres pays africains figurent dans le top 10 de ces prédateurs de la flore. Il s’agit du Nigeria, qui occupe le 2e rang et du Ghana qui en est le 5e. Les autres pays sont : Honduras (1er), Philippines (3e), Indonésie (6e), Népal et Corée du Nord (7e), Equateur et Haïti (9e). Le Brésil, souvent cité en terme de superficie, ne figure pas sur cette liste tout simplement parce qu’au regard de l’immensité du pays, seuls environ 8% du couvert végétal ont été détruits, contre 31% au Bénin. Ce classement qui remonte à 2009 n’a pas changé trois années plus tard. Au contraire, la déforestation n’a fait que prendre de l’ampleur, avec la complicité passive de certaines autorités. En effet, les populations riveraines des forêts classées ont souvent dénoncé des pressions dont elles sont victimes de la part des trafiquants qui invoquent la protection qu’ils bénéficieraient au sein de certaines instances bien placées[13] ».

Face à ces constats alarmants et surtout au silence, à la fois coupable et/ou de résignation, des autorités publiques, les organisations et associations acquises à la cause prennent leur responsabilité et dénoncent à n’en point finir les agressions que subissent ces espèces[14]. C’est ainsi que plusieurs organisations préoccupées par la promotion d’une foresterie durable que ce soit du système des Nations Unies comme l’ITTO, la Banque Mondiale et la FAO ou des ONG mondiales comme le WWF et l’UICN suivies par Greenpeace pour une meilleure orientation de la recherche, comme IIED et WRI ou encore pour une meilleure orientation des marchés comme WBCSD et FSC se sont engagées dans un processus de coalition afin de mieux lutter contre le phénomène. Le Bénin a suivi avec intérêt ce processus depuis Brazzaville jusqu’à Yaoundé où s’est tenue la conférence ministérielle en Octobre 2003.

            Cependant, la question fondamentale qui se pose est de savoir pourquoi, en dépit des efforts et du combat acharné des ONG, la protection des espèces animales et végétales bat encore de l’aile au Bénin. En effet, le Bénin a été classé 4ème pays de destruction massive des forêts en raison de l’abattage anarchique des arbres pour en faire du charbon ou pour les madriers destinés à l’exportation[15]. Sur le plan de faunique, il faut noter une recrudescence des actes de braconnage dont sont victimes les plus grands mammifères des forêts béninoises. Ce tableau peu reluisant que présente le Bénin à la face du monde incite donc à s’intéresser à l’efficacité de l’action des ONG dans la protection de ces espèces. L’étude envisagée permettra donc de relever la nature et l’impact de la contribution des ONG dans la protection des espèces animales et végétales. Quels sont les obstacles à l’efficacité de cette protection et quelles peuvent être les solutions pour les surmonter ? 

La présente étude a pour champ spatial la République du Bénin. Il s’agit donc de mettre en exergue le combat mené par les ONG dans la préservation des espèces animales et végétales.  Bien qu’elle s’offre d’aborder toutes les actions menées en ce sens depuis longtemps, elle est limitée dans le temps à celles qui ont connu déjà un achèvement et sanctionnées par des rapports. 

La présente étude sera conduite en adoptant la méthode à la fois empirique et analytique. A cet effet, une démarche classique d’évaluation environnementale sera utilisée, essentiellement fondée sur la recherche documentaire. La recherche documentaire va consister en la consultation et à l’analyse des documents existants[16] pouvant permettre de faire l’analyse des cadres physiques[17] biologique[18], socio-économiques[19] et le cadre juridique[20] de l’action des associations et organisations non gouvernementales.

Après ce bref aperçu sur le sujet, la réponse à la problématique posée plus haut parait très évidente.  En effet, elle suggère constater qu’au dela de la reconnaissance de l’action des ONG (Première Partie), il  urge de revaloriser leur contribution (Seconde Partie) afin de rendre plus efficient le noble combat qu’elles mènent.

 

Plan de l’article

INTRODUCTION GENERALE

1ère PARTIE : Reconnaissance du rôle des ONG

Chapitre 1 : Les ONG : Acteurs principaux de la protection des espèces animales et végétales

Section 1 : L’action des ONG dans la protection des espèces animales

Section 2 :L’action des ONG dans la protection des espèces végétales

Chapitre 2 : Les ONG : Acteurs efficaces de la protection des espèces animales et végétales

Section 1 : Une efficacité due à la proximité sur le terrain

Section 2 : Une efficacité constatée par la pertinence des résultats

2ème PARTIE : Revalorisation du rôle des ONG

Chapitre 1 : La revalorisation par le diagnostic des obstacles à l’efficience de l’action des ONG

Section 1 : Les obstacles inhérents à la perception sociologique des ressources naturelles

Section 2 : Les obstacles inhérents à la mission  de protection des espèces naturelles

Chapitre 2 : La revalorisation par la refonte du système de protection assurée par les ONG

Section 1 : Les réformes d’ordre juridique

Section 2 : Les réformes d’ordre financier et sociologique

CONCLUSION GENERALE

 



[1] Cité par Blaise DRATA, Considérations juridiques sur la protection des animaux en droit international. Cas du Gorille de montagne et de l’okapi en RD Congo, Mémoire de Licence, UNIKIS/RDC, 2014.

[2] Sandrine MALJEAN-DUBOIS et Vanessa RICHARD, « Mécanismes internationaux de suivi et de mise en oeuvre des conventions internationales de protection de l’environnement », in, Institut de développement durable et des relations internationales, iddri, 2004, p.4.

[3] Barry SADLER, « L’évaluation environnementale dans un monde en évolution, Evaluer la pratique pour améliorer le rendement », in Etude internationale sur l’efficacité de l’évaluation environnementale, Rapport final, .TPSG 1996

[4] Patrick MICHEL, L’étude d’impact sur l’environnement, BCEOM, Ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement, 2001, p. 6.

[5]Le WWF, 1ère ONG de protection de la nature sur : http://www.quelleenergie.fr/magazine/developpement-durable/wwf-ong-protection-nature-7083/?display=new&xtref=.google.fr.

[6] En effet, au plan international, il faut reconnaitre l’existence d’une panoplie de conventions, accords, protocoles relatifs, à la protection de l’environnement, à la préservation des espèces animales et végétales, à la protection des espèces menacées d’extinction et à leur commercialisation, etc.

[7] Agence béninoise pour l’environnement, Répertoire des indicateurs environnementaux de développement durable et de compendium statistiques du Bénin. Agence Béninoise pour l’Environnement (ABE), République du Bénin. Décembre 2002, 307 pp

[8] François LETOURNEUX et Marc-Antoine MARTIN, « Petites initiatives, tout un programme », Rapport 2010 du Programme des petites initiatives, Préface, p. 1.

[9] Michel DOUCIN, ONG : le contre-pouvoir ?, Editions Toogezer/Paris, 2007, p. 8.

[10] Marcelo DIAS VARELLA, « Le rôle des organisations non-gouvernementales dans le développement du droit international de l’environnement », Revue trimestrielle du JurisClasseur - J.D.I., Janvier 2005, p. 42.

[11] Voir à cet effet le réseau mondial incarné par l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN).

[12] Titré «  Le Bénin 4ème au rang mondial des destructeurs des forets », http://lautrefraternite.com/?p=24829,

[13] Voir également : a) http://actudubenin.over-blog.com/article-le-benin-4e-pays-des-devoreurs-de-forets-109736905.html, b) http://actudubenin.over-blog.com/article-exploitation-abusive-des-ressources-forestieres-au-benin-le-scandale-du-bois-83681628.html, c) http://actudubenin.over-blog.com/article-interdiction-de-l-exploitation-du-bois-au-benin-blaise-ahanhanzo-glele-doit-faire-preuve-de-fermet-

108356236.html, d) www.ongautrevie.org & http://www.ongautrevie.org/forum.

[14] A ce sujet, il faut reconnaitre que les organes de presse constituent le premier moyen de relais des informations relatives à l’arrestation des individus se livrant aux activités illégales détruisant la nature.

[15] Bénin actu dans sa parution du 30 Aout 2012 écrit en titrage : Environnement : LE BENIN, 4ème PAYS AU RANG MONDIAL DESTRUCTEURS DE FORETS, http://lautrefraternite.com/?p=24829.

[16] Ouvrages généraux, mémoires, thèses, documents de projets, articles scientifiques.

[17] Caractéristiques climatiques, pédologique, géologique, etc.

[18] Hydrologiques, floristique et faunique

[19] Aspects économiques, sanitaire, culturels, etc.

[20] Conventions, traités, textes législatifs et règlementaires, statuts etc.

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