Coopération ou piège à pigeons ?

Publié le Modifié le 09/12/2016 Par l'association LGOC Vu 1 842 fois 0

De grandes banques dites coopératives, de puissantes mutuelles et d’influentes coopératives agricoles se sont récemment réunies à Rennes pour vanter leur action. Peut-on vraiment parler de structures coopératives à propos de ces institutions autoritaires devant lesquelles même les élus s'inclinent ?

Coopération ou piège à pigeons ?

Le 28 septembre 2015, les 3èmes assises internationales de la coopération et du mutualisme se sont tenues à Rennes.

Etaient représentés de grandes banques coopératives (Crédit agricole, BRED), des mutuelles et des assureurs mutualistes influents (COVEA, AG2R, MACIF, MGEN), ainsi que de grandes coopératives agricoles (INVIVO, VIVESCIA, COOPERL, TRISKALIA, COOP de l’OUEST).

Ces grands groupes totalisent ensemble des millions de clients, des dizaines de milliers de salariés et des milliards d’euros de chiffre d’affaire.

Ces gens puissants sont tout sauf des marginaux.

On connaît le poids dans les médias du Crédit Mutuel, qui était également un partenaire de ces assises.

(http://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/021235552416-vincent-bollore-aurait-censure-un-documentaire-sur-le-credit-mutuel-sur-canal-1140778.php).

Des organismes représentatifs de ces banques coopératives et autres grandes mutuelles se sont exprimés (l’EACB, association européenne des banques coopératives, l’AIBC, association internationale des banques coopératives et le ROAM, Réunion des Organismes d’Assurance Mutuelle).

Etait aussi présent un représentant de la RECMA (revue internationale de l’économie sociale, anciennement Revue des Etudes Coopératives, Mutualistes et Associatives, héritière de la revue des études coopératives fondée en 1921 par Charles GIDE).

Comme sous la féodalité médiévale, des politiciens sont venus renouveler leur hommage envers ces puissantes structures coopératives et mutualistes.

Les socialistes Nathalie APPÉRÉ, maire de Rennes, Jean-Yves LE DRIAN, ministre de la Défense, Jean-Marie LE GUEN, secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement et Pierrick MASSIOT, président de la région Bretagne, se sont succédés, avant que n’intervienne lors d’une réception à la mairie de Rennes l’écologiste Matthieu THEURIER, vice-président de Rennes Métropole.

Toutefois, les élections régionales approchent et ces assises étaient soutenues par la collectivité. Luc CHATEL a donc été convié pour s’exprimer un court moment au nom des Républicains. Ainsi, le biais en faveur de la gauche gouvernementale n’a pas été trop flagrant.

A la fin de la journée, le président de ces assises, Olivier PASTRÉ, a bien résumé les problèmes qui se posent.

La coopération et le mutualisme semblent plébiscités par les Français dans les sondages.

Pourtant, on ne sait pas de quoi on parle quand on évoque ces termes.

Qu’est-ce que la coopération ?

Olivier PASTRÉ a raconté, lors de ces assises, une anecdote que lui a comptée Michel BARNIER. Ce dernier, à l’époque où il était commissaire européen (2010-2014), a reçu 11 représentants d’organismes coopératifs et mutualistes pour parler des réglementations européennes.

Chacun de ces représentants a donné à Michel BARNIER une définition différente de la coopération. Comment, dans ces conditions, convaincre les citoyens de rejoindre le mouvement coopératif ?

Face à un tel flou, les instances européennes ont tendance à considérer que les structures coopératives sont des entreprises comme les autres qui doivent accepter les mêmes contraintes sur les marchés financiers.

Des règlementations toujours plus lourdes pèsent donc sur les banques coopératives et les mutuelles.

Des milliers de pages de normes se sont récemment abattues sur elles.

La directive européenne SOLVENCY 2 (Solvabilité II) (2009/138/EC) fait 155 pages.

Les accords internationaux de BÂLE III (16 décembre 2010 et 1er juin 2011) font 77 pages en version synthétique et 5000 pages en version intégrale, d’après Hervé GUIDER, directeur général de l’EACB.

Ces accords visent à contraindre les banques à disposer de liquidités suffisantes pour ne pas provoquer de crises financières.

On imagine bien que ces questions complexes ne passionnent pas les Français, sauf quand on baisse leurs retraites complémentaires en application de ces nouvelles normes.

(http://www.argusdelassurance.com/acteurs/retraite-des-fonctionnaires-l-umr-va-reduire-les-rentes-de-110-000-ex-adherents-du-cref.84099)

Le seul visage de la coopération que voit la population, ce sont donc de grands groupes influents auxquels il arrive de faire pression sur les médias. Ces entités baissent donc aussi parfois les retraites complémentaires en se cachant derrière des technocrates lointains.

A l’inverse, lors de ces 3èmes assises de la coopération et du mutualisme, les sociétés coopératives et participatives (SCOP) ont été soigneusement laissées de côté.

Pas un mot n’a été dit non plus sur les coopératives d’habitants.

Tous les intervenants de ces assises ont fait référence aux principes développés dans la déclaration d’identité coopérative de l’Alliance Coopérative Internationale.

Pourtant, ces principes n’ont été ni listés, ni sérieusement décrits.

Tel est le travail qui doit désormais être entrepris. Aussi, il est temps d’énoncer et examiner un par un ces principes qui forment le vrai ciment du mouvement coopératif.

Ensuite, on pourra voir si tous ces banquiers et assureurs qui se prétendent coopératifs respectent les valeurs qu'ils invoquent pour attirer des clients.

Quant aux citoyens, ils pourront vérifier si on les prend pour des êtres humains ou bien pour des pigeons.

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