L'évaluation des immeubles à usage d'habitation et l'Administration Fiscale (I)

Actualité juridique publié le 25/08/2017 à 17:40, vu 364 fois, 0 commentaire(s), Auteur : LA CHASCUNIERE
En matière d’évaluation de biens immobiliers à usage d’habitation, plusieurs méthodes d’évaluation sont susceptibles d’être appliquées.

L’Administration Fiscale, la Jurisprudence préconisent la méthode d’évaluation par comparaison, qui repose comme son nom l'indique, sur la comparaison à d’autres ventes de biens immobiliers similaires.

En matière d’évaluation de biens immobiliers à usage d’habitation, plusieurs méthodes d’évaluation sont susceptibles d’être appliquées.

L’Administration Fiscale, la Jurisprudence préconisent la méthode d’évaluation par comparaison, qui repose comme son nom l'indique, sur la comparaison à d’autres ventes de biens immobiliers similaires.

Cette méthode consiste à évaluer la valeur vénale d’un immeuble grâce à des termes de comparaison que l’on peut trouver grâce aux ventes qui ont déjà eu lieu et portant sur des biens relativement similaires.

La mise en œuvre de cette méthode nécessite de recenser toutes les ventes les plus cohérentes par rapport à l’immeuble que l’on veut évaluer. Pour rassembler ces derniers, une étude de marché est nécessaire.

Selon la Jurisprudence, « la valeur des immeubles ne peut résulter que de comparaisons avec des biens intrinsèquement similaires en fait et en droit. Et cédés à des dates proches et impérativement avant le fait générateur de l’impôt». Un nombre suffisant est nécessaire mais il n’y a pas de minimum défini.

I. La recherche des éléments de comparaison

La recherche des ventes de biens comparables doit se faire à l’aide de critères qui doivent directement concerner la nature du bien mais également l’activité du marché. En effet, afin que les références de prix soient pertinentes, il est nécessaire de sélectionner des ventes de biens similaires, c'est-à-dire des ventes de biens de même nature. Les critères principaux,

définis par l’Administration fiscale, sont au nombre de trois :

  •   La catégorie de biens sur laquelle l’étude doit porter : s’il s’agit d’une maison, les biens que l’on doit recenser doivent obligatoirement être des maisons.
  • Le secteur géographique de recherche : La recherche des biens de même nature doit s’effectuer dans un espace géographique qu’il convient de délimiter, le plus restreint possible.
  • Il faut enfin déterminer l’étendue de la période sur laquelle la prospection des ventes sera faite.

Les critères retenus pour le recensement des biens de même nature doivent être les plus précis possible. Or, ceci n’est pas toujours évident, il conviendra donc de définir des critères plus larges pour les biens rares où le marché est peu actif.

L’Administration fiscale a établit un guide d’évaluation où trois schémas sont présents pour aider à définir l’espace de comparaison.

Si l’immeuble que l’on cherche à évaluer est :

  •  De catégorie courante dans l’hypothèse d’un marché actif: sachant que la limite d’ancienneté des ventes est d’un peu moins d’un an et que la limite de l’aire géographique est le canton, il est aisé de retenir un espace de comparaison restreint. En effet, les références des ventes peuvent se situer dans la limite de la commune (rue, quartier…) et parmi des transactions ayant eu lieu dans les cinq mois avant le 1er janvier de l’année d’imposition. En effet, si le marché est très volatile, les termes de références risquent de vite être en décalage avec le marché.
  • Un bien courant mais dont le marché immobilier est peu actif: l’espace de comparaison se verra dans l’obligation d’être élargi. La limite géographique est étendue au canton tandis que la limite d’ancienneté des ventes est d’un an tout au plus.
  • Un bien rare dont le marché est peu dynamique : l’espace de comparaison doit encore être étendu, cette fois-ci à l’ensemble du territoire français parmi les mutations qui sont intervenues dans les deux ou trois ans par rapport au 1er janvier de l’année d’imposition. En revanche, il est obligatoire de prendre des biens ayant exactement les mêmes caractéristiques. L’Administration fiscale cite pour exemple les grands hôtels de luxe.

L’expert doit, à partir de toutes les références qu’il aura recensé, sélectionner « les termes de références les plus significatifs ». En effet, tous les immeubles de même nature ne sont pas nécessairement comparables. L’Administration fiscale donne l’exemple d’un pavillon neuf avec un certain confort non comparable avec un pavillon ancien dépourvu de

confort. L’idéal serait de retenir des références de ventes se rapportant à des immeubles ayant des caractéristiques identiques à celui que l’on cherche à évaluer. Mais cette situation est rare. Il est alors conseillé de se référer à des cessions avec des caractéristiques différentes mais proches comme par exemple la superficie. Des corrections sont alors à apporter liées à l’écart de valeur concernant ces différences.

Dans un premier temps, il est nécessaire de déterminer les différentes spécificités du bien à évaluer notamment l’état général du bien. Ensuite, il s’agit de sélectionner les ventes les plus significatives, c'est -à-dire celles qui ont le plus de points communs avec le bien que l’on cherche à évaluer au niveau des différents facteurs de valeurs.

Ces derniers, communs à l’ensemble des immeubles bâtis sont les suivants :

1. Qualités physiques de l’immeuble

Tout d’abord, la situation et l’emplacement d’un immeuble bâti sont des caractéristiques importantes : ils ont une grande influence sur la valeur d’un immeuble. En effet, un bien immobilier se situant près du centre d’une agglomération avec un réseau de moyens de transport développé aura une valeur plus élevée qu’un immeuble bâti dans un quartier vétuste où les équipements administratifs et commerciaux se font rares. Aussi, le fait que le bien se trouve à proximité d’endroits bruyants peut être un facteur de dépréciation de valeur : ainsi la proximité d’un aérodrome, d’une autoroute ou encore d’une

activité industrielle. D’autres qualités sont appréciées comme la nature et la qualité des matériaux utilisés pour la construction de la maison. La pierre ou le granit sont des matériaux jugés « nobles » par rapport à des matériaux dits « légers ».

La qualité architecturale et l’importance de l’immeuble, c'est-à-dire la superficie au sol, le nombre d’étages et de pièces, sont également déterminantes. L’Administration fiscale

souligne cependant que « la valeur d’un immeuble n’est pas nécessairement proportionnelle à sa superficie ».

Une autre caractéristique liée à l’importance et à la qualité du bien immobilier prend de plus en plus d’importance au fil des années. Il s’agit des éléments d’équipements et de confort offerts par l’intérieur des immeubles et qui s’améliorent en raison des progrès techniques . La valeur d’un immeuble dépend aussi de l’état d’entretien et la vétusté des immeubles.

Plus l’immeuble est vétuste, moins la valeur est élevée, il s'agit donc d'un facteur de dépréciation, à l’inverse d’un immeuble où l’entretien y est régulier.

2. Les spécificités juridiques

La valeur d’un immeuble dépend également de sa disponibilité. L’état d’occupation locative d’un immeuble est un facteur de dépréciation de valeur notamment « lorsque le bien est soumis à la réglementation des baux de locaux à usage d’habitation principale » Dès lors, lorsqu’un logement est donné en location, le propriétaire a la possibilité de diminuer la valeur du bien en guise de contrepartie de son indisponibilité, considérée comme une contrainte. Le montant de l’abattement applicable dépend de la nature du bien, de la durée du bail et du montant du loyer (rép. Le Fur n°25327, JO 28 octobre 2008, AN quest. P. 9282). On considère que plus la fin du contrat de bail est lointaine, plus l’abattement est important.

Cependant, « Le conseil d’Etat a admis une décote d’au moins 20 % sur un patrimoine immobilier donné en location dans une hypothèse où le locataire ne bénéficiait pas du droit au maintien dans les lieux, ce qui laisse supposer qu’une décote plus importante peut être appliquée dans le cas contraire » (CE 10 novembre 2004, n°249505)

3. L’environnement économique

Le dynamisme d’une agglomération a également toute son importance dans la valeur d’un immeuble. En effet, un bien immobilier se trouvant dans une ville où la démographie se développe, où l’installation de nouvelles activités susceptibles de créer des emplois aura plus de valeur qu’un immeuble se trouvant dans des villes où la démographie et l’activité

industrielle et commerciale se dégradent.

Au total, quatre voire cinq critères doivent être retenus mais en aucun cas un seul critère doit être déterminant. Par exemple, la seule proximité d’un bien, c'est-à-dire même secteur ou encore même immeuble, n’est pas suffisante pour prouver le caractère similaire de l’élément de comparaison (Cass. Com., 24 juin 1997, n°1687 PB).

II. L'analyse des données

Cette étape est importante et déterminante pour l’évaluation du bien concerné surtout pour ceux dont un grand nombre de ventes de biens comparables a été recensé,il convient d’analyser les prix déclarés pour en déduire la valeur la plus juste du bien que l’on veut évaluer.

Deux techniques différentes peuvent être utilisées

  • La comparaison directe, qui consiste « à déduire directement la valeur du bien des prix déclarés ». Cette méthode est idéale si le bien à évaluer et ceux pris comme termes de comparaison présentent d’importantes similitudes, par exemple lorsque les biens sont situés dans un même lotissement.
  • La comparaison indirecte, qui s’effectue en fonction de la surface, il s'agit de la méthode la plus utilisée. Elle consiste, d’après l’Administration fiscale, « à choisir une unité de mesure, généralement de superficie, adaptée au type de bien en cause et à réduire les prix exprimés dans les actes à des valeurs unitaires, sur lesquelles portera l’analyse».

III. L’estimation de la valeur

La méthode par comparaison peut se décliner de différentes manières suivant la nature des biens à évaluer. On va retenir trois natures différentes des immeubles à usage d’habitation : les maisons individuelles, les appartements en copropriété (chaque appartement de l’immeuble appartient à un propriétaire différent) et les immeubles collectifs non placés sous le régime de la copropriété (l’ensemble de l’immeuble appartient à un seul propriétaire).

D’après l’ouvrage « Evaluation » des éditions Francis Lefebvre, «La valeur vénale d’un immeuble faisant l’objet d’une copropriété régulièrement organisée est différente de celle du même immeuble non divisé en copropriété ». D’après un arrêt rendu par la Cour de Cassation en 1975, les immeubles collectifs en copropriété doivent être évalués lot par lot. Un lot est constitué par un appartement. La valeur d’un lot est composée des parties communes indivises. Concernant les parties annexes comme les caves, parkings, elles constituent un lot à part entière. En revanche, en cas de revente avec l’appartement, le prix de vente sera global sans distinction des prix des différents lots.

Il convient de regrouper les différentes méthodes d’évaluation par comparaison de la façon suivante :

A. Évaluation par comparaison « directe et en bloc »

Cette méthode est applicable à tous les immeubles à usage d'habitation. Il s’agit de la technique par comparaison directe que nous avons définie précédemment. Cette méthode consiste à évaluer le terrain et la construction en un « bloc » grâce à des ventes de bien qui sont en tous points identiques.

B. Évaluation par comparaison au mètre carré de SDPHO, terrain intégré

Pour cette méthode, aucune valeur n’est attribuée au terrain. En revanche, les bases unitaires calculées pour l’évaluation de la construction doivent insérer cette valeur. Les valeurs des termes de comparaison concernant les constructions (et non les terrains) sont réduits au mètre carré de superficie développée pondérée hors œuvre (SDPHO) La SDPHO d’un immeuble est calculée à partir de la superficie bâtie (c’est-à-dire de la superficie couverte au sol par la construction). ou de superficie utile. La suite consiste à multiplier cette valeur unitaire par la SDPHO ou la superficie utile du bien à évaluer afin de déterminer une valeur vénale totale de ce dernier. Cette méthode est applicable aux maisons individuelles et aux immeubles collectifs non

placés sous le régime de la copropriété.

C. Évaluation distincte du terrain et des constructions

Cette autre méthode concerne les maisons individuelles et les immeubles collectifs non placés sous le régime de la copropriété. Elle consiste à dissocier le terrain de la construction. A partir de la valeur retenue pour le « terrain nu et libre », il faut déterminer une valeur de « terrain encombré » puis la majorer de la valeur des constructions.

Pour ce faire, trois étapes à suivre sont nécessaires :

- La première phase concerne la détermination de la valeur du terrain pour chaque terme de comparaison que l’on a précédemment retenu. Ce terrain est assimilé un terrain nu immobilisé ou encore un terrain à bâtir. Il faut appliquer à la valeur de ce dernier une décote, du fait du caractère d’immobilisation, pouvant aller jusqu’à 50 %. Cette décote maximum s’applique, d’après L’Administration fiscale, pour un «encombrement maximum, c'est-à-dire dans l’hypothèse où la construction édifiée épuise le potentiel de constructibilité du terrain ou, encore lorsque son implantation est telle qu’elle interdit toute nouvelle construction».

- La deuxième phase consiste à déduire, pour chacun des termes de comparaison, la portion de la valeur concernant directement la construction. Pour ce faire, on déduit la valeur du terrain déterminée à la première étape à la valeur totale (constructions et terrain). Ensuite, la valeur de la construction pour chaque terme de comparaison sera réduite au mètre carré de SDPHO. Cela servira à déterminer le prix de la construction de l’immeuble à évaluer.

- Enfin, la troisième et dernière étape concerne l’appréciation de la valeur totale du bien à évaluer en additionnant la valeur du terrain et la valeur de la construction, précédemment déterminées.

D. Évaluation au mètre carré de superficie habitable ou utile

Cette méthode s’applique seulement aux appartements en copropriété dans la mesure où la méthode par comparaison directe n’est pas judicieuse compte tenu du fait que les termes de comparaison ne sont pas parfaitement adéquats.

Après avoir pris connaissance des différentes superficies habitables des différents termes de comparaison, il est nécessaire de dégager la valeur unitaire, c'est-à-dire la valeur du mètre carré de superficie utile.

E. Évaluation à la pièce principale

Cette méthode est utilisée pour les appartements placés sous le régime de la copropriété dans la mesure où les méthodes par comparaison directe et au mètre carré de superficie utile ne sont pas applicables (faute de bien similaires ou faute d’informations sur les superficies utiles du bien à évaluer ou encore des biens choisis comme termes de

référence). Elle tient compte seulement des pièces principales du bien dans la mesure où « les prix constatés sur le marché local, pour des biens comparables, sont réductibles à la pièce principale». Sont alors exclus la cuisine, l’entrée, les sanitaires, les pièces servant de débarras etc. Il faut en revanche être sûr que la pièce principale des termes de comparaison soit comparable (au niveau de la superficie notamment) à celle du bien à expertiser.

Votre expert immobilier LA CHASCUNIERE est présent tout au long de ce processus, n"hésitez pas à nous contacter

Sources : Evaluation Editions Francis Lefebvre,

http://www.thesaurus.fr/html/fichiers/pdf/les-ma-thodes-pour-a-valuer-bien-a-sa-plus-juste-valeur-166.pdf

https://www.impots.gouv.fr/portail/files/media/1_metier/1_particulier/EV/1_declarer/180_isf/fichedescriptive_3035.pdf


Commentaire(s) de l'article

Posez votre question sur le forum
Posez gratuitement vos questions sur le forum juridique Légavox
Ajouter un commentaire