Thierry POULICHOT
Blog sur l'approche coopérative dans l'habitat

Hommage à Michel THIERCELIN

Billet du blog publié le 25/02/2016 à 12:00, vu 609 fois, 0 commentaire(s), Auteur : Thierry POULICHOT
Michel THIERCELIN, l’initiateur des syndicats coopératifs de copropriétaires, nous a quittés le 20 décembre 2015. La photographie illustrant cet article est issue de la couverture de la Lettre de la FSCC n° 157 (janvier février 2014).

Le départ d’un acteur central du mouvement coopératif

Michel THIERCELIN nous a donc quittés.

La triste nouvelle est relatée par la Lettre de la FSCC n° 169 (janvier-février 2016).

Depuis 1970, il présidait la FSCC (Fédération des Syndicats Coopératifs de Copropriété) qu’il avait fondée.

Michel THIERCELIN fut le principal artisan de l’insertion dans la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 des articles 14 alinéa 2 et 17 alinéa 4 (depuis devenu 17-1) qui ont permis l’adoption de la forme coopérative par les syndicats de copropriétaires.

Le parcours de Michel THIERCELIN fut très intéressant.

Diplômé de l’école nationale des impôts, il a travaillé au sein du ministère des finances puis en tant que cadre au sein de la Caisse centrale du Crédit coopératif.

Ainsi, il a présidé une filiale du Crédit coopératif destinée au financement du tourisme social.

Michel THIERCELIN fut aussi directeur du Centre de développement de la coopération et l’initiateur de la Délégation Interministérielle de l’Economie Sociale.

Ce fut également le concepteur des chèques vacances.

Ces éléments biographiques sont issus d’un article de Madame Christine COTTE-THIERCELIN (Lettre de la FSCC n° 169, janvier-février 2016, p. 3)

L’initiateur de la copropriété de forme coopérative

Concernant la copropriété de forme coopérative, son engagement a commencé lorsque, comme plusieurs responsables d’organisations coopératives, il a acheté un appartement dans un ensemble immobilier composé de 1500 logements à Marly-le-Roi et constitué de 11 syndicats.

Le syndic professionnel ayant été un peu débordé, une gestion coopérative par les copropriétaires eux-mêmes fut impulsée par Michel THIERCELIN.

Or, en 1965, le législateur comptait instaurer partout en copropriété la gestion sous l’autorité du seul syndic désigné par l’assemblée générale.

Les syndicats qui étaient déjà gérés sous la forme coopérative auraient été empêchés de fonctionner comme ils le faisaient auparavant.

Michel THIERCELIN a réussi à convaincre le garde des Sceaux René CAPITANT de laisser aux syndicats de copropriétaires la possibilité de fonctionner sous la forme coopérative.

Le rapporteur à l’assemblée nationale de la loi du 10 juillet 1965, le député ZIMMERMANN, a accepté de déposer des amendements en ce sens.

Ainsi est née la gestion de forme coopérative en copropriété.

Michel THIERCELIN a d’ailleurs contribué à la création du Syndicat coopératif des copropriétaires des Grandes Terres à Marly-le-Roi.

Michel THIERCELIN a également eu une influence déterminante pour autoriser la création d’unions de services en 1985 (article 8 de la loi n° 85-1470 du 31 décembre 1985 modifiant l’article 29 de la loi du 10 juillet 1965).

Lorsque, dans la loi SRU de 2000, le législateur a maladroitement privé de fondement légal des unions de service, en supprimant l’alinéa qui leur donnait un cadre légal dans l’article 29 de la loi du 10 juillet 1965, Michel THIERCELIN eût encore un rôle fondamental. C’est lui qui a obtenu l’insertion de l’article 93 dans la loi n° 2006-872 du 13 juillet 2006 (ENL). C’est cette disposition qui permet aux unions de service de fonctionner actuellement.

Sans Michel THIERCELIN, rien de ce qui rend aujourd’hui possible la gestion coopérative en copropriété n’existerait.

Un héritage difficile à appréhender pour les consuméristes

Inlassablement, Michel THIERCELIN a représenté un important courant du mouvement coopératif issu de l’héritage de Philippe BUCHEZ (1796-1865), grand républicain président de l’Assemblée nationale en 1848.

Ce courant, basé sur le compagnonnage professionnel, est actuellement dominant dans les instances représentatives officielles de la coopération en France, instances où le Crédit coopératif a une place importante.

Toute la question est de savoir si les animateurs de l’habitat participatif, qui sont plutôt situés dans le sillage de mai 1968 et de Charles FOURIER (1772-1837), sauront se saisir des apports de l’héritage de Michel THIERCELIN.

Les fouriéristes sont moins situés dans une optique de compagnonnage que dans une aspiration aux rapports de clientèle, au sens où on l’entendant sous la Rome antique. Charles FOURIER était l’inspirateur du situationnisme qui avait pour slogan « vivre dans l’instant et jouir sans entraves ». En tant que consommateurs, les fouriéristes souhaitent disposer le plus librement possible de biens et services. Pour cela, ils ont besoin de prestataires totalement dépendants.

Les partisans du compagnonnage ne s’inscrivent pas dans cette dynamique. Leur attachement va avant tout à la structure qu’ils servent, quitte à ce que ce dévouement soit dument récompensé, d’où leur souhait de soutenir en priorité les compagnons les plus méritants.

Entre fouriéristes et partisans de Philippe BUCHEZ, les relations n’ont donc jamais été très faciles. La faculté, pour le monde de l’habitat participatif, de s’inscrire dans le sillage de Michel THIERCELIN ne sera donc pas évidente.

Un dialogue noué avec le courant des ressources communes

Un autre courant du mouvement coopératif a été créé par John BELLERS (1654-1725), Robert OWEN (1771-1858) et Etienne CABET (1788-1856).

John BELLERS était un quaker anglais ami de William PENN, fondateur de la Pennsylvanie. Les idées de BELLERS ont donc fortement influencé la formation des futurs Etats-Unis.

Robert OWEN, qui disait s’inspirer de BELLERS, a tenté de créer des communautés coopératives aux Etats-Unis, tout comme Etienne CABET (voir RFCP n° 3, pp. 11 et 12), qui a pu dialoguer avec OWEN.

Cette tradition, qui est forte outre-Atlantique, est marquée par la volonté de créer des actions collectives pour gérer des biens communs. Toutefois, il ne s’agit pas de se placer dans une optique de consommation ou dans un esprit de compagnonnage. Le but est d’abolir toute exploitation des uns pas les autres en veillant à une contribution strictement égalitaire des participants, les resquilleurs n’étant pas admis dans la démarche.

L’utopisme des fondateurs était grand, mais il a progressivement été surmonté. L’attention s’est centrée sur le fait de récompenser ceux qui œuvrent pour le bien commun, au-delà des intérêts de compagnonnage ou des désirs de consommation. Pour les tenants de cette dynamique, l’obéissance aux chefs, à la structure, au mouvement institutionnalisé ou aux patrons clientélistes n’est jamais un prétexte acceptable pour pénaliser ceux qui se dévouent dans la préservation des ressources communes.

Tel est l’enseignement de la prix Nobel d’économie de 2009, Elinor OSTROM dont les travaux sont évoqués par un récent ouvrage de Pierre DARDOT et Christian LAVAL.

Les dirigeants reconnus par l’Etat dans le mouvement coopératif français, ainsi que les principaux animateurs des réseaux défendant l’habitat participatif, évitent de parler de telles thèses.

En tant qu’ancien dirigeant au sein du groupe Crédit Coopératif, Michel THIERCELIN ne partageait sans doute pas non plus de telles opinions. Toutefois, il a su entamer, dès 2014, un dialogue avec les partisans des ressources communes.

C’est aussi à cette remarquable ouverture d’esprit qu’il faut rendre hommage.


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