Intelligence artificielle et contrats : que dit la loi ?

Publié le 17/11/2025 Vu 316 fois 0
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L'IA n'évolue pas dans un vide juridique : elle est appréhendée par plusieurs corps de règles que tout juriste doit maîtriser. Que dit la loi ? On fait le point.

L'IA n'évolue pas dans un vide juridique : elle est appréhendée par plusieurs corps de règles que tout jur

Intelligence artificielle et contrats : que dit la loi ?

L'intelligence artificielle révolutionne la pratique contractuelle. Des outils de Legal Tech permettent désormais d'analyser des milliers de documents en quelques secondes, de rédiger des projets de contrats ou d'identifier des clauses à risque. Cette technologie, si elle promet des gains de productivité majeurs, pose des questions juridiques fondamentales.

L'IA n'évolue pas dans un vide juridique : elle est appréhendée par plusieurs corps de règles que tout juriste doit maîtriser : le droit des contrats, le droit de la responsabilité et, désormais, la réglementation européenne.

 

La responsabilité du juriste : l'IA comme outil, non comme substitut

 

La question la plus immédiate pour un professionnel est celle de la responsabilité. Que se passe-t-il si un contrat généré par une IA contient une erreur majeure ou une clause illicite qui cause un préjudice au client ?

La loi est claire : l'intelligence artificielle n'a pas la personnalité juridique. Elle ne peut être tenue pour responsable. La responsabilité incombe au professionnel qui utilise l'outil. L'avocat ou le juriste d'entreprise qui valide, signe ou transmet le contrat est l'unique garant de sa conformité.

L'utilisation de ce logiciel juridique ne doit pas faire oublier l'obligation de diligence et de conseil. Si une erreur de l'IA cause un préjudice, la responsabilité contractuelle du juriste (sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil) ou sa responsabilité délictuelle (sur le fondement de l'article 1240) pourra être engagée.

  • Exemple concret : un juriste utilise une IA pour rédiger un bail commercial. L'IA, qui se base sur des modèles obsolètes, omet une clause essentielle relative à l'indexation du loyer. Le bailleur subit un préjudice financier. Le juriste, qui n'a pas vérifié cette clause, sera tenu pour responsable de son manquement à son obligation de compétence.

 

L'IA peut-elle conclure un contrat ? La question du consentement

 

Une interrogation plus futuriste émerge : l'IA peut-elle devenir une partie au contrat ? La réponse juridique est, à ce jour, négative. L'article 1128 du Code civil impose trois conditions pour la validité d'un contrat : le consentement des parties, leur capacité de contracter et un contenu licite et certain.

L'IA n'est pas une personne : elle ne peut ni consentir en son nom propre, ni avoir la capacité de contracter. Elle agit, au mieux, comme un agent d'exécution. C'est le cas des smart contracts qui s'exécutent automatiquement lorsque des conditions prédéfinies sont remplies. L'IA n'est que l'outil technique qui exécute la volonté de personnes physiques ou morales qui, elles, ont donné leur consentement lors de la programmation de l'outil.

 

Confidentialité et RGPD : le risque majeur et immédiat

 

Le risque juridique le plus tangible à l'heure actuelle concerne la confidentialité. Pour analyser ou rédiger un contrat, le juriste doit souvent "nourrir" l'IA avec des données. Ces données sont fréquemment confidentielles et contiennent des données personnelles (noms des parties, adresses, données financières).

L'utilisation d'une IA tierce constitue un traitement de données au sens du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD, (UE) 2016/679). L'avocat ou l'entreprise devient "responsable de traitement" et doit garantir la sécurité de ces données.

Le principal danger réside dans l'utilisation d'IA grand public qui peuvent réutiliser les données soumises pour entraîner leurs propres modèles. Cela constitue une violation manifeste du secret professionnel de l'avocat et une violation de l'article 32 du RGPD sur la sécurité du traitement. L'utilisation d'outils non sécurisés et non audités est une faute professionnelle grave.

 

Le cadre futur : ce que l'IA Act européen va changer

 

L'Union européenne a finalisé son Règlement sur l'Intelligence Artificielle (l'IA Act), qui entrera en vigueur progressivement. Ce texte vise à réguler l'IA par les risques.

La plupart des outils d'IA contractuelle seront classés comme "à risque minimal" ou "à risque limité". Ils seront soumis à des obligations de transparence : l'article 52 du règlement impose que l'utilisateur soit informé qu'il interagit avec un système d'IA.

Cependant, si un outil dIA est utilisé pour analyser des candidatures ou des contrats d'assurance, il pourrait être classé "à haut risque", ce qui impose des contraintes de certification et de surveillance humaine bien plus lourdes.

Le droit actuel fournit un cadre robuste. L'IA reste un outil sous la supervision et la responsabilité humaine. Le juriste ne peut déléguer son jugement critique à la machine. Il doit au contraire redoubler de vigilance, notamment sur la confidentialité des données qu'il lui confie et sur la vérification des résultats qu'elle produit.

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