Admissibilité CRFPA 2019 : inégalités et injustices

Publié le Par Mikaël Benillouche Vu 14 783 fois 15

Les résultats d'admissibilité du CRFPA 2019 ont été publiés le 21 octobre. Ils suscitent quelques légitimes incompréhensions...

Admissibilité CRFPA 2019 : inégalités et injustices

Hélas, alors que la réforme de l'examen d'entrée au CRFPA pour en faire devenir un examen national se justifiait, à titre principal, pour en faire un examen plus égalitaire et, à titre secondaire, pour qu'il y ait moins d'avocats, le moins que l'on puisse dire c'est que le cru 2019 est non seulement décevant mais également inquiétant.

Tout d'abord, je tiens à me présenter une nouvelle fois, puisque mes échanges de ces derniers jours ont semblé conduire mes interlocuteurs à s'interroger. Je suis Directeur des Etudes de Sup Barreau. Je suis également Maître de conférences des Universités, en poste à l'Université de Picardie Jules Verne. Je suis également un avocat omis et j'anime de nombreux groupes de discussion consacrés au CRFPA (V. nota "actualités CRFPA"). D'ailleurs, à chaque fois que j'envoie un mail, l'adresse elle-même adresse à quel titre je contacte mes interlocuteurs, mais ça c'est un autre problème. 

Ensuite, depuis lundi, l'incompréhension de nombreux étudiants - et la mienne - monte. Déjà, alors que les résultats devaient être publiés le 21 octobre, ils l'ont été dans 2 IEJ dès le vendredi avant d'être retirés, puis dans un autre le dimanche au soir. Ensuite, mais cela fera l'objet d'un autre billet, l'épreuve du GrandO dont le coefficient atteste qu'il s'agit d'une épreuve à la mort subite obéit à des modalités différentes selon les IEJ. Ainsi, un commentaire d'arrêt est posé à l'Université de Paris V ou à l'Université d'Aix-Marseille, à Paris 1, le sujet ressemble à une plaidoirie en débutant par "soutenez que...", à Nanterre, le candidat choisit lui-même à une question "faut-il..." s'il défend la positive ou la négative. Même les modalités de tirage au sort de l'ordre de passage des candidats diffèrent. A Nanterre, le tirage a lieu le jour de la première épreuve, dans d'autres IEJ c'est à l'issue des résultats d'admissibilité. 

Par ailleurs s'agissant des résultats et leur pseudo-homogénéité. Sup Barreau propose les mêmes supports dans ses 4 campus et les résultats sont disparates. En pénal, j'ai supervisé et enseigné dans les 4 campus, il est étrange de constater certaines notes. Alors, bien évidemment, je pourrais me gargariser de constater que l'ensemble de mes pénalistes sudistes ont validé, mais ce serait injurier mes étudiants nordistes dont les copies reflétaient souvent un niveau équivalent... Puisque l'examen est national, la correction devrait être nationale, les copies croisées d'un IEJ à l'autre...

Enfin, il reste le meilleur. Une fois les résultats obtenus, je conseille systématiquement aux étudiants afin de comprendre et de décider de quoi l'année suivante sera faite de demander à consulter leurs copies. Or, le plus souvent, ils ne peuvent le faire qu'à partir de janvier, donc à une période où aucune contestation crédible ne pourra avoir lieu, l'entrée dans les écoles d'avocat ayant alors eu lieu. Plus encore, dans certains IEJ, on refuse de leur communiquer leurs notes. Pour quelle raison ? Cela, on l'ignore...

J'en suis navré mais cela me révolte. Que dire à ces étudiants que je suis qui ont fait un travail acharné. Comment les aider à entamer un processus de cicatrisation si on leur refuse même de comprendre ? Les étudiants craignent, lorsqu'ils contestent, des représailles. Le CNB ne répond pas aux messages sur les réseaux. Les directeurs de Prépa ne prennent jamais leur plume si ce n'est pour dénigrer la concurrence ou prodiguer des conseils sans même connaître l'examen. Les universitaires ? Je dirai simplement que le choix du silence semble être préférable pour garantir et une longue et fastidieuse carrière.

Alors voilà, je suis un petit Maître de conférences, qui dirige une petite Prépa et qui veut juste expliquer demain à Julie, Lucas, Chloé, Juliette, Cyrille, Mathilde, Justine, Marc-Antoine...pourquoi ils n'ont pas réussi alors même que leur niveau est supérieur à celui de nombreux autres admissibles...

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Publié par Nec-pluribus-impar
24/10/19 09:54

Certains IEJ permettent seulement de consulter la copie si le candidat n'a pas obtenu la moyenne à ladite épreuve. Donc si le candidat a eu "tout juste" 10 dans une matière, il ne peut pas consulter sa copie…

Publié par Pené
24/10/19 11:13

Le métier d’avocat était pour moi un métier de cœur, pour elle c’était un choix par défaut.
Elle m’appelait tout l’été pour que je lui explique des choses tellement simples, pour me poser des questions qu’un L1 ne se pose plus.
Une fois elle a même placé Israël en Afrique !
Le 21 octobre elle a été admissible, moi pas et sans savoir pourquoi.
J’ai l’impression d’avoir bossé six mois de manière acharnée pour au final gratter un ticket perdant.

Cet examen m’écœure.

Publié par Meta.
24/10/19 11:17

Bonjour, plutôt d'accord sur la notation en pénal (si tenté que par "nord" vous incluez paris 1) : 456 étudiants en pénal, je suis dans la fin du premier quart avec 11/20... Autant dire que la notation semble avoir été assez sévère.

Publié par NAPTA
24/10/19 11:52

Bonjour,

Pareillement, grosse incompréhension au niveau de deux notes improbables. J’ai eu les écrits l’année dernière à 11 et je me retrouve à 9,8 tout en m’étant sentie plus à l’aise durant les examens. Impossible de consulter mes copies avant décembre.. soit après les épreuves orales.

Publié par Mimi_____
24/10/19 11:54

J'aimerais comprendre ma note en procédure pénale, épreuve que j'ai maîtrisée toute l'année en prepa, mais comme vous le rappelez les copies ne sont pas disponibles avant Janvier. Impossible de se remette en question ou de réfléchir à ce que je vais faire par la suite tant cet échec sur une matière favorite reste en travers de la gorge.

Publié par Karolieva
24/10/19 13:39

Bonjour,

J'ai passé l'édition 2019 de cet examen. Je fais partie des recalés.

J'ai pu analyser cependant une chose:
Les notes ne représentent en aucun cas le niveau des étudiants.
Il s'agit d'un concours déguisé en examen professionnel. La moyenne est le garde fou des sélections. Normal que les notes ne montent pas haut.
Dans un concours, si le dernier sélectionné en fonction du numérus clausus a 16.4 de moyenne, celui qui juste en dessous a 16.3 n'est point sélectionné, et sa moyenne est d'ailleurs indifférente. Les 100 premiers candidats sont retenus, fin de l'histoire (je sais que médecine fonctionne comme ça, une de mes amis avait été recallée à 4 places près avec ce type de moyenne).

Ce qui est injuste dans le CRFPA c'est de faire croire aux candidats qu'ils n'ont pas le niveau, alors qu'ils l'ont. Cette histoire de moyenne trompe tout.
Cet examen est hypocrite en ce qu'il ne respecte pas la procédure d'un examen professionnel, et qu'il laisse croire aux candidats qu'ils ont un niveau pitoyable.
J'ai vu des personnes avec des moyennes habituelles de 18/20 obtenir à peine 10 ou 11... ceci est un indicateur sérieux!

Le véritable problème ici, c'est que le CNB n'est pas autorisé, jusqu'à preuve du contraire, à organiser un concours avec numerus clausus. Il le fait malgré tout, de manière détournée.

Publié par Foudgy
24/10/19 14:12

Idem pour moi dans les deux matières de spécialité.
J'ai toujours été bonne en pénal, c'est vraiment ma came. J'ai eu 6,5 et je n'ai aucune idée de la raison.
Oui, j'ai fait quelques erreurs, certes ma copie de valait pas 15. Mais elle ne valait vert pas 6,5 non plus.

Le plus fort: la procédure pénale.
J'avais regardé le corrigé du cfj et j'avais parfaitement fait le job. Je dirais à 90%.
Et bien j'ai eu 9. Incompréhensible...
Je veux bien qu'il y ait un écart de points... Mais pas d'autant.
Je ne pourrai consulter ma copie qu'en janvier. En attendant... Ben je me demande toujours ce qu'il s'est passé.

Publié par Jacques Facial
24/10/19 17:45

Pour les injustices flagrantes, n hésitez pas a faire un recours administratif. Même en janvier. Pas besoin d'avocat pour ca.

Publié par Petitemum
24/10/19 21:46

Je suis écœurée également, mon fils a travaillé toute l année, et tout l’été en prepa et il maîtrisait parfaitement obligation et les matières pénales, il organisait des cessions de révision et expliquait à ses amis les points obscurs. Il était prêt et ses notes en oblig et procédure penale sont catastrophiques ! Ce sont ses pires notes de son parcours en droit ! Incompréhensible ! ses amis qui en sortant lui ont dit qu ils avaient plutôt raté, l’ont eu mais pas lui... il a obtenu un corrigé d un IEJ tous les points à aborder l’ont été. Son IEJ ne propose pas de correction, ses copies ne seront accessibles qu en janvier, en attendant il faut vivre avec cet échec sans savoir ce qu il faut améliorer.

Publié par Old élève
26/10/19 01:45

Cher Maître, ce post vous honore.
Vous soulevez un vrai sujet, qui reste complètement tabou dans les IEJ. J'ai passé cet examen en 2017, je n'étais pas une jeune étudiante...en revanche, mes résultats aux différents galops étaient plutôt très méritants et surtout j'obtenais, à force d'un travail acharné, de bons résultats dans ma prépa privée. Mon échec a été une consternation pour tous et surtout pour moi
D'autres élèves, qui le jour de l'examen n'ont pas terminé le sujet ou autre....ont obtenu le fameux sésame....j'ai ainsi vu des élèves médiocres entrer à l'école des avocats, riant et s'étonnant presque de ce résultat positif.
C'est une insulte au mérite, au travail et à la probité que doit véhiculer la profession.
Ce sont de graves agissements que les IEJ mettent en oeuvre pour servir leurs intérêts stratégiques. Mais ce sont de bien médiocres avocats qui sortent diplômés par ce système. Car j'ai certes 20 ans de plus que ces jeunes élèves mais l'apanage de l'âge m'a permis de constater combien le système est perverti. Il l'est dans son essence.
L'examen national est loin de répondre aux attentes d'une vraie égalité. Il ne le pourra pas car les directeurs d'IEJ veulent rester maîtres de leur navire. Ils le revendiquent, le font savoir et donc valoir.....

Je vous remercie d'avoir abordé ce sujet qui me tient tant à coeur. Je vogue, aujourd'hui, vers d'autres horizons, bien plus cléments que ce milieu qui m'a profondément choqué.
Toutefois, je suis sortie grandie de cet échec car je préfère sans l'ombre d'un regret, être une élève ayant raté un examen, plutôt qu'un avocat misérable.
Je souhaite aux recalés injustement, beaucoup de courage et je leur conseille de mettre leur belle énergie au service de causes plus nobles.

Publié par NatRob
26/10/19 12:54

La seule solution c'est supprimer ces examens professionnels déguisés en concours : c'est déjà fastidieux d'arriver et valider le master2. Avec un master 2 en poche, je pense que nous sommes tous compétents pour assurer le métier d'avocat. Il faut rétablir aussi le statut légal de Juristes. Cela permettra aux diplômés de travailler directement sans être obligés d'être titrés Avocats ou notaires etc... pour se prévaloir de leurs années ardues d'études supérieures, sinon vaut mieux Supprimer carrément les études supérieures à la fac de droit puisque au final, c'est une machine à chômeurs non?

Publié par Étudianteparis
26/10/19 19:03

Pour l'avoir également vécu, je suis entièrement d'accord avec votre article. Cela fait plaisir à lire, on se sent un peu mieux compris. Pour une anecdote me concernant, lors de la consultation de mes copies j'ai pu constater qu'on m'avait attribué la note de 4/20 et de 16/20(il y a toujours une double correction). Un peu choquant.. surtout que je ne pense pas avoir été le seul candidat dans cette situation.

Publié par Ruhtra
27/10/19 06:56

Un complotiste y verrait une manoeuvre des IEJ concernés pour enterrer les prépas: si les résultats sont imprévisibles, quelle que soit la qualité de la préparation dispensée par la prépa, l'étudiant ne verra plus l'intérêt d'investir dans une structure privée: le billet de loterie coûterait bien trop cher.

On ne peut qu'espérer que tout cela se retournera contre les IEJ, et qu'ils perdront le monopole de la présentation au CRFPA. S'ils n'étaient qu'une prépa comme une autre, à l'image de ce qui se passe pour le concours ENM, la situation des étudiants serait bien différente.

Publié par Lilap
28/10/19 21:43

J’ai passé pour la deuxième fois le CRFPA cette année et c’est également un échec. L’an dernier j’ai obtenu la moyenne de 10 aux écrit et 8 au Grand oral. Lors du grand oral j’ai eut le malheur de passer à 13h (heure a laquelle mes examinateurs devaient aller manger). Ils ont passés les 45 min à regarder l’heure en attendant que je termine.

Deuxième essai cette année, 9,5 aux écrits. Ce qui me choque le plus c’est ma note obtenue à la note de synthèse. Je sais pertinemment que j’ai répondu aux attentes de cette épreuve, que je maîtrisait bien. J’attend la consultation des copies.

J’ai l’impression que d’une année à l’autre les correcteurs sont de plus en plus sévères et injustes. Que malgré l’absence de numerus clausus, les IEJ procèdent à une sélection. J’ai pu constater l’an dernier que dans certaines matières malgré avoir citer tous les éléments pour de nombreuses questions je n’avait que la moitié des points. Que dire de plus.

J’ai investie deux ans dans cet examen. Deux années de frais exorbitants (IEJ, prepa privées, loyer d’un appartement à Paris, codes, livres).

Le Bilan: mon temps et plus de 40 000 euros investis pour rien.

Le sentiment d’injustice est terrible, d’autant que j’ai deux masters et j’ai toujours fait parti des meilleurs élèves de mes promos...

Cet examen ne reflète pas le niveau des candidats, il est totalement aléatoire.



Publié par In dubio pro reo
13/11/19 13:17

Je viens de tomber sur votre article et je suis totalement d'accord avec vos propos. Parmi les personnes avec qui j'ai révisé, des bons ont échoué alors que des très mauvais ont réussi les écrits haut la main.

Je trouve ça honteux d'entendre des propos du type "il y a moins de personnes dans notre IEJ, c'est pour ça que je l'ai choisi, le niveau est moins élevé, ils font passer plus de monde". C'est un examen national, le niveau pour réussir devrait être le même partout. A quand des corrections nationalisées avec des correcteurs aveugles sur l'IEJ d'origine du candidat ?

Les inégalités et injustices continuent pendant les oraux. Les oraux de langue tout d'abord : certains exigent des connaissances spécifiques en droit anglo-américain, quand d'autres ne font qu'une discussion générale ou un commentaire de texte. Au sein d'un même IEJ, l'exercice demandé peut être différent en fonction du correcteur. Dans certains IEJ, les sujets sont fournis à l'avance aux étudiants. Tant d'inégalités, on croit rêver ...

Le grand oral ensuite : certains IEJ font des soutenances, d'autres des commentaires de texte, et d'autres des dissertations. Dans certains IEJ, quelque soit la forme du sujet, on attend un oral type soutenance, alors que dans d'autres ce n'est pas le cas. La date de début du grand oral est fixée 10 jours après la publication des résultats de l'admissibilité, mais ils ne débutent qu'aujourd'hui dans certains IEJ.

Tout ceci est affligeant. La nationalisation n'était qu'une mascarade.

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