Le blues de l'enseignant en droit

Publié le Par Mikaël Benillouche Vu 2 121 fois 4

A chaque fin de semestre ou de session de cours, la même question lancinante : ai-je correctement rempli mon office ? Ai-je réussi à transmettre le savoir nécessaire à mes étudiants ? Vont-ils réussir ?

Le blues de l'enseignant en droit

20 ans que je ressasse cette même question et ce, quelquesoit le lieu et la méthode d’enseignement. C’est que, voyez-vous, enseigner ce n’est pas tout à fait un métier comme les autres. Souvent, je me dis qu’il faut avoir une vocation pour bien enseigner. D’autres diront qu’il faut avoir un sérieux problème d’ego.

 

C’est que finalement, c’est assez étrange comme posture d’enseigner. Je suis seul face à une classe, un amphi et je dispense un cours. Parfois, ma table et ma chaise sont surélevées pour bien marquer la hauteur intellectuelle où je dois m’élever pour enseigner (sic) ou plus simplement pour que je puisse être vu de tous. La table justement, elle est une sorte de ligne Maginot infranchissable me séparant de mes étudiants.

 

Pour ma part, je préfère délaisser cette estrade et venir devant la table pour aller vers mes étudiants. L’avantage c’est qu’il est plus facile de se rendre compte de près qui comprend et qui est perdu. Toutefois, cela peut procurer quelques désagréments, surtout si l’on ne se souvient pas de son cours. Cela ne m’arrive heureusement pas trop souvent.

 

Cet été, j’ai enseigné pour Sup Barreau, une Prépa CRFPA et j’y ai rencontré des étudiants merveilleux. Alors, aujourd’hui à quelques jours du début de l’examen, j’ai un peu peur pour eux. Non, j’ai très peur pour eux. J’ai l’impression que moi aussi je vais passer cet examen…120 fois…(approximativement mon nombre d’étudiants). Alors, je n’arrive pas à dormir, je me réveille et je m’interroge. Ce jour-là où, revenant de vacances, je traitais de la responsabilité pénale des personnes morales, ai-je vraiment transmis toute la complexité de la jurisprudence de la Chambre criminelle à mes « petits » ? Cet autre jour, où il fallait évoquer les éléments constitutifs de l’exhibition sexuelle, mon fou-rire lié à la question d’un étudiant qui s’interrogeait sur le point de savoir s’il pouvait ou non avoir un plaisir solitaire au cinéma m’a-t-il permis de répondre correctement à ses interrogations ?

C’est une grande responsabilité d’enseigner, cette relation repose avant tout sur la confiance. Je suis le sachant et eux les apprenants. J’ai un savoir à délivrer et eux à recevoir. Il faut trouver la meilleure façon de le faire et tellement de parasites peuvent interférer dans cette relation complexe (téléphone portable, voisin de table, bruits divers et variés, …).

 

Au début de ma carrière, je pensais naïvement qu’enseigner c’était simplement dispenser un savoir. Aujourd’hui, avec le recul, je constate que c’est un partage. Les étudiants posent des questions, viennent discuter aux pauses et finalement chaque fois j’apprends davantage avec eux, grâce à eux…

 

J’aimerais tellement qu’ils réussissent…ne serait-ce que pour retrouver le sommeil…

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Publié par Visiteur
01/09/17 09:29

Bonjour, votre article aurait même pu s'intituler "le blues de l'enseignant" ! J'interviens en communication dans des écoles d'avocats (vous me direz, c'est un sujet complètement anecdotique pour l'instant dans leur cursus!), et partage complètement votre analyse. Dispenser un savoir descendant, je m'en rends bien compte aussi, ce n'est pas l'essentiel du travail. Faciliter le questionnement, qui mène à la découverte d'un sujet par l'élève, permettre à l'intelligence collective de bien fonctionner, c'est bien plus difficile. Peut-être l'enseignement a-t-il lui aussi changé, et c'est tant mieux. L'enseignant ou intervenant me semble aussi avoir le mieux sa place aujourd'hui au milieu de ses élèves.

Publié par MikaBenillouche
01/09/17 14:07

Bonjour, oui absolument ! La communication est absolument essentielle et pour une raison que j'ignore nombre de professionnels dénigrent cette discipline essentielle. Etre au milieu des élèves : un choix ou une nécessité ?

Publié par Visiteur
19/10/17 17:28

Bonjour, grâce à vos articles et vidéos, j'ai eu envie d'enseigner le droit pénal tout comme vous. J'avais pourtant été déçu par cette matière en 2eme année de licence, par son caractère catalogue et trop complexe. Je pense que la façon d'enseigner le droit pénal fait toute la différence. Néanmoins, pensez vous que cette spécialité laisse la place à de très nombreux jeunes docteurs souhaitant l'enseigner? On dit que les places sont chères et peu nombreuses. L'agrégation est elle devenue condition nécessaire pour être assuré de pouvoir enseigner cette matière? Rater ce concours réduit il sérieusement les chances d'envisager la transmission de cette belle discipline?
Je vous remercie

Publié par MikaBenillouche
24/10/17 05:34

Bonjour,
Non pas nécessairement, je vous propose d'en discuter de vive voix. Contactez-moi d'abord par mail à mikael@benillouche.fr
Bien à vous

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