Chronique d'une leçon de 24h (agrégation de droit privé 2017)

Publié le Modifié le 18/06/2017 Par Mikaël Benillouche Vu 7 130 fois 1

J'ai participé à une leçon d'agrégation de 24h ce que je n'avais pas fait depuis très longtemps...retour sur cette expérience marquante...

Chronique d'une leçon de 24h (agrégation de droit privé 2017)

Il y a bien longtemps j’ai tenté le concours d’agrégation sans le réussir. J’en suis sorti particulièrement déçu et frustré de n’avoir jamais pu atteindre l’épreuve reine la fameuse « leçon de 24 heures ».

Au gré des concours, il m’est arrivé de faire partie d’une équipe et j’ai croisé quelques candidats devenus aujourd’hui professeurs agrégés. J’en ai croisé des courageux, des autoritaires, des paniqués, des méritants, des « fils de », …

En revanche, depuis plusieurs années, je décline poliment de faire partie de ces équipes, je crains d’avoir un peu décroché et, l’âge aidant, je mets plus de temps à me remettre d’une « nuit blanche ».

Le 29 mars 2017 « une envie pressante… » :

Louis me demande si je n’ai pas une « envie pressante » de lui donner un coup de main…

J’ai eu la chance d’avoir Louis comme étudiant il y a de nombreuses années et nous nous côtoyons régulièrement sur twitter.

Sa détermination et sa motivation sans failles m’ont conduit à le solliciter pour qu’il témoigne dans « chronique d’un maître de conférences ». Il s’est prêté au jeu, sans poser aucune condition. Tous les universitaires contactés – loin s’en faut – n’ont pas eu le même courage de s’exposer.

Plus encore, il y a deux ans, attentif aux résultats du précédent concours, son échec m’avait surpris et agacé.

A mes yeux, compte tenu des retours d’étudiants que j’en ai, Louis mérite amplement de réussir. Plus encore, ce qui ne gâte rien, ses collègues l’apprécient !

Ma réponse était évidente : « OUI ! »

Le 6 avril 2017 « le risque du match de trop » :

Je reçois le traditionnel mail de cadrage qui confirme en tous points ce que Louis m’avait dit au téléphone, je serai « LE » spécialiste de droit pénal sur place, dans l’équipe de plan et de rédaction. Bref, comme on dirait dans les chevaliers du zodiaque (la référence ne parlera pas à tous), je suis « chevalier d’or ». Et là, je me prends étonnement au jeu, mais ne suis-je pas rouillé ? Cela fait plusieurs années que je n’ai pas participé à une leçon de 24…

Je regarde, dans la mailing list, les autres membres de l’équipe, il y a trois personnes que je connais bien dont un tout particulièrement avec qui j’ai déjà travaillé et avec lequel j’avais même noué des relations d’amitié.

Deux autres noms attirent mon attention, ce sont des enseignants qui m’ont été signalés dernièrement pour leur compétence. Cela ressemble bien à une « dream team »

Je contacte quelques équipiers habituels des concours pour me « remettre dans le bain ».

Les 10 et 11 avril 2017 « le vieux lion » :

Le lendemain de mon troisième marathon en un an (cela n’a rien à voir, mais impossible de ne pas le placer), la feuille de route arrive avec les conseils aux rédacteurs, je constitue un binôme avec un chargé de TD peu expérimenté et nous rédigerons le IIB. Parfait !!!

Avec un peu de chance, le droit pénal fera l’objet de cette sous-partie et c’est un plaisir d’être le parrain du petit nouveau de l’équipe.

Rendez-vous est pris pour le 12 avril à 8h30 dans la salle de droit civil du centre Panthéon.

Le 12 avril 2017 « le jour le plus long » :

8h30 : « Louis, la main froide »

J’ai mis toutes les chances de mon côté pour être en forme, c’est en Uber que je me rends au Panthéon à quelques mètres du lieu de soutenance de ma thèse il y a…quelques années. Je croise le membre d’une autre équipe qui, surpris, me demande si nous n’avons pas passé l’âge, je me surprends à lui dire « toi sûrement… ». Je suis en forme. Louis est décontracté et tire son sujet « le gain ».

9h01 : « le Zlatan du droit pénal »

C’est le début du travail individuel, je constitue 4 fiches en droit pénal, en exécution des peines et en procédure pénale. J’échange avec d’autres membres de l’équipe, ceux que je connais déjà et les autres que je suis ravi de rencontrer. L’ambiance est conviviale et studieuse. Bérengère, l’épouse de Louis et Jean-Nicolas, son frère sont attentifs, disponibles et présents.

10h45 : « la guerre des égos n’aura pas lieu »

Le tour de table a lieu. Il va falloir batailler, le suis le spécialiste de droit pénal et le sujet semble concerner de nombreux pans de celui-ci. Je mets en alerte une sous-équipe constituée les jours précédents au cas où il soit nécessaire de faire des recherches complémentaires.

Étonnement, alors que l’équipe est constituée de talents et de caractères forts, personne ne cherche à influencer les autres ou à faire prévaloir son point de vue. Louis tranche et nous discutons….

11h : « on commence par la fin »

L’équipe du plan se constitue, elle se renforce d’un nouveau membre. Louis s’approprie sa leçon et fait preuve de pragmatisme. Le travail se déroule dans une atmosphère détendue, nous croisons les idées. Un titre m’arrache le premier d’une série de fous-rires, le premier titre d’un de mes collègues est « la fin » (au sens de la finalité). Je lui dis à haute voix « ok tu commences par la fin et après tu verras le début »….

14h : « Robert muscle ton jeu »

Bien évidemment, mon plan – trop axé en droit pénal et pas assez généraliste – n’est pas retenu. Les discussions s’en suivent ; quelques désaccords quant à la délimitation du sujet apparaissent. Mais on avance…

Une sous-partie semble poser problème, il faut la renforcer, la « muscler » davantage…

15h30 : « l’enfer du devoir »

Le plan est présenté à l’équipe, les fiches arrivent progressivement, je démobilise ma sous-équipe de pénal à l’exception d’un membre pour approfondir une notion. Le IIB que je co-rédige ne contient pas de pénal, mais du fiscal, des régimes matrimoniaux, du droit du travail et de la responsabilité civile…ouille !

J’espérais du pénal, j’aurai autrechose. Ce n’est pas grave, après tout j’ai également enseigné et travaillé dans de nombreuses autres matières…

17h30 : « le gars est super musclé »

Je fais connaissance avec mon binôme, nous commençons à travailler la trame de ce IIB. Une petite pause-café s’improvise, je distribue à tous un marque-page « chronique d’un maître de conférences », ça nous portera chance ! On me demande qui est mon binôme je l’affuble de son surnom « le gars super musclé »…parce que effectivement il est très musclé !

19h : « on survit au Uber »

C’est l’heure du départ pour le cabinet d’avocat où nous allons passer la nuit. Dans le Uber, je fais connaissance avec 3 autres rédactrices. Louis s’est bien entouré, ces personnes sont particulièrement impliquées.

Cette chauffeure (si si ça se dit) débute dans la profession. Elle prend notre rôle très au sérieux, va un peu vite et accélère sur les passages piétons. On arrive tout de même en bon état au cabinet.

19h30 : « et Dortmund – Monaco, ça donne quoi ? »

Nous arrivons au cabinet, nous nous répartissons les bureaux et nous nous sustentons (pizza of course) ! Il ne manque plus que de pouvoir voir le match…mais nous ne sommes pas vraiment là pour ça, les choses sérieuses vont commencer, il va falloir rédiger, je me remets à fumer !!!

20h15 : «  à fleur de toi »

Nous commençons la rédaction. Bérengère vient fréquemment nous voir pour discuter du plan. Nous échangeons également régulièrement avec les autres rédacteurs, mais je vais passer l’essentiel de ma nuit avec mon binôme super musclé, Clément.

21h08 : « l’étoffe du héros »

Du droit pénal réapparaît puis disparait de ce IIB. Louis procède à quelques changements de plan. Il s’approprie sa leçon, c’est très bon signe. Il est en forme. C’est SA leçon ; ses choix sont clairs, évidents, éclairés…

23h21 : « comme un hic »

Je m’allonge dans le bureau, envoie des selfies et travaille sur ma story snapchat, quelquechose ne va pas dans ce IIB, il contient une fausse annonce en droit fiscal, je dois aller vérifier quelquechose, je m’éclipse le temps d’un aller-retour à la maison non sans avoir prévenu tout le monde…

00h05 : « Mikaël est de retour, Alleluyah »

Je suis de retour, mon ordi est bloqué, mais j’ai pu voir mon épouse et récupérer quelques ouvrages qui vont nous aider. Nous retravaillons nos développements.

01h42 : « le pénal aussi est de retour »

Je vais donner discuter avec les rédactrices qui ont inclues quelques dispositions de droit pénal. Nous cherchons des synonymes et je veux absolument placer les termes « péjorations », « dichotomie » et « protéiforme » Malgré la fatigue, quelques rires éclatent…

03h50 : « le 58è café de la journée »

Bérengère nous relit, nous discutons des annonces de plan. En effet, cette sous-partie n’est pas nécessairement lue par le candidat, il ne faut pas garder une idée essentielle pour la fin et surtout il faut les annoncer an amont. De petites modifications s’imposent…

04h38 : « solidarité »

Nous travaillons les transitions, les équipes de rédacteurs se mélangent, la cohésion est là. Dans le bureau d’à côté j’entends même un rédacteur chanter.

05h12 : « une précision d’horloger »

Louis nous relit, il y a quelques modifications à faire, le calibrage exact du nombre de signes par page. En effet, Louis prononce 850 signes par minute, et la leçon doit durer 45 minutes, à chaque page correspond une minute.

05h30 : « comme le dit Vianney, je m’en vais »

Fatigué mais ravi, je décide de partir….

05h45 : « the end »

Je suis dans mon lit !

Bon courage Louis, réconcilie-moi avec l’agrégation !!!

Depuis l’écriture de ce billet, les résultats de l’agrégation sont tombés, Louis est agrégé !

Vous avez une question ?

Posez gratuitement toutes vos questions sur notre forum juridique. Nos bénévoles vous répondent directement en ligne.

Publié par Une amiénoise à Montréal
28/06/19 02:36

Je suis tombée sur ce blog par hasard, en lisant les sources de la leçon de 24h, une anecdote publiée par l’application « se coucher moins bête ».
En voyant votre nom, je rajeunis de 16 ans. Je me revois sur les bancs de la fac d’Amiens, au premier rang (le plus peinard pour lire l’équipe parce que personne ne regarde jamais les gens au premier rang).
De vous, principalement deux souvenirs:
- vos explications, théories et conseils pour se débarrasser de sa belle-mère;
- vous avoir répondu devant 200 personnes « le caca de pigeon » à la question « qu’est-ce qui n’appartient à personne ? ». Je vous jure que je me marre encore à chaque fois que je croise une fiente...

Publier un commentaire
Votre commentaire :