Docteur en droit : le rêve confronté à la réalité

Publié le Par Mikaël Benillouche Vu 1 453 fois 0

Hier, je fêtais mes 18 ans de doctorat...en droit ! Comme le résume très bien un ami d'enfance, je suis un docteur qui ne sert à rien. Pour l'occasion, j'ai exhumé un texte que j'avais rédigé il y a 18 ans et je l'ai confronté à la réalité

Docteur en droit : le rêve confronté à la réalité

Le 21 septembre 2001, je soutenais ma thèse intitulée "le secret dans la phase préliminiare au procès pénal en France et en Angleterre" en Sorbonne à l'âge assez improbable de 25 ans, sous la direction de Madame le Professeur Mireille Delmas-Marty. 

Quelques jours avant, lors d'une soirée avec mes relecteurs, j'avais préparé un petit texte que j'avais rédigé pour l'occasion où j'imaginais de quoi ma vie future serait faite. 

Pour les 18 ans de mon doctorat, je l'ai exhumé et je partage avec vous cette expérience assez drôle et un peu grinçante. 

Tout d'abord, il y a l'aspect personnel sur lequel je passerai vite puisque, depuis lors, il y a eu beaucoup de changements. Je trouve cela très étonnant qu'à seulement 25 ans, j'avais autant de certitudes. Nous étions 4 doctorants à nous serrer les coudes à cette période, mais déjà une farouche rivalité avait débuté entre moi et l'un d'entre eux depuis quelques mois et allait aboutir à une guerre fratricide d'une jolie décennie tout de même...

Ensuite, sur l'aspect professionel, je m'imaginais obtenir un poste de titulaire en Province. Sur ce point, je n'ai pas eu tort et effectivement en 2003, j'ai été nommé Maître de conférences à Amiens. J'ai même formé (ou déformé selon le point de vue) des chargés de TD. S'agissant des rapports avec les étudiants, là non plus je ne m'étais pas trompé, la passion qui m'animait alors n'a fait que grandir au cours des années et le bonheur d'enseigner est toujours présent. Je prends également beaucoup de plaisir à suivre les carrières de mes anciens étudiants. Pour ce qui est de la recherche, j'avais coché les grandes revues généralistes et pénalistes et j'espérais pouvoir écrire dans chacune d'entre elles. J'ai là aussi réussi... . En revanche, il y a eu quelques désillusions. Je n'ai pas été agrégé, ni même choisi par mes pairs pour devenir Professeur. Il y a également eu les recrutements. J'appréciais participer au recrutement des nouveaux collègues, mais ce goût s'est progressivement estompé. Sur ce point, ce que j'ai pu être naïf au cours de mes premières années, j'ai vu tellement de collègues ne pas obtenir un poste et être laissés de côté lors des recrutements alors qu'ils auraient été remarquables dans leur pédagogie et n'auraient pas manqué d'aider les étudiants. S'agissant du "pouvoir", là encore, je ne m'imaginais pas à quel point il était nécessaire de lutter pour faire entendre sa (petite) voix de Maître de conférences à la fac, notamment s'agissant de l'élaboration des maquettes. A ce titre, je dois avouer avoir cessé d'essayer de comprendre. Je ne suis pas de ceux "qui parlent à l'oreille des Doyens" depuis longtemps. Moi qui révais d'innovations pédagogiques de cursus orientés vers l'insertion dans le monde professionnel...

Enfin, pour ce qui est de l'épanouissement personnel, je pensais, à l'issue de ma thèse que j'aurai acquis un certain statut, que les doutes inhérents à cet exercice très délicat se transformeraient en certitudes...je reste sceptique même s'il est vrai que cet exercice est très formateur et m'a permis de jauger ma force de travail. J'ai survécu à ma thèse !

Finalement à 18 ans, l'âge de la majorité, je me rends compte qu'il reste encore tant de combats à accomplir...

Pour d'autres réflexions sur le monde universitaire, n'hésitez pas à consulter Chronique d'un Maître de conférences 

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