LE MANGUIER ET LE MILITANTISME

Billet du blog publié le 09/12/2017 à 00:36, vu 365 fois, 0 commentaire(s), Auteur : Dr KAMWE MOUAFFO
Entre le manguier et le militantisme, il n'y a pas que quelques lettres alphabétiques en commun. Il y a plus.

 Native de Mbalmayo, j'étais petite et j'allais marauder sous les manguiers du quartier N'galan, encore grande et belle forêt. J'en garde le souvenir vivant. J'ai toujours eu pour les mangues une affectueuse gourmandise. J'avais remarqué, avant de quitter le quartier, en groupe de cinq à dix enfants, garçons et filles, qu'il y avait des enfants qui, bien que raffolant des mangues encore plus que moi, ne nous suivaient pas à N'galan: ma mère va me tuer! Nous répondaient-ils. Ils attendaient les mangues au quartier. Ils en recevaient toujours. Je précise n'avoir en ce temps-là jamais entendu un enfant avancer qu'il n'aimait pas les mangues.  Ma mère (dont Dieu a reçu l'âme) était la mère grondeuse et fouettarde du quartier: je partais quand même à N'galan et je venais recevoir mes coups, qui d'ailleurs ne venaient pas systématiquement.


 Sous le manguier, certains grimpaient, cueillaient les fruits et nous les jetaient au sol, bravant toutes sortes de dangers: branches mortes aiguillées, fourmis rouges et serpents prêts à sévir.  Ils ne pouvaient les cueillir et en même temps, les recueillir pour descendre de l'arbre. D'autres enfants ne grimpaient jamais, certains par peur ou simplement par incapacité. Cependant, Ils œuvraient à rassembler les mangues sous l'arbre. Enfin, d'autres, ne pouvant grimper après l'épuisement de leurs efforts, décidaient de supprimer la distance qui nous séparaient des fruits, à l'aide, qui de cailloux, qui de branchages, tant et si bien qu'ils parvenaient à faire tomber quelques mangues… Je faisais partie de ceux-là.


 Après avoir dégusté les mangues les plus mûres, nous partagions les autres et rentrions au quartier, chacun chez soi, faisant au passage la pluie et le beau temps face à nos amis restés parce qu'obéissant à leur mère. Bien entendu, il était difficile de ne pas entendre les pleurs de ceux des nôtres accueillis au pas de la porte de leur maison par une autre mère défoulant son angoisse sur le dos ou les jambes d'un maraudeur… qui parfois venait de distribuer des mangues à ses petits frères.


 Aujourd'hui, j'aime toujours autant les mangues: je les achète au marché. Mais je crois que je n'ai jamais cessé de marauder. Je parcours la grande et prestigieuse forêt du DROIT et là-dedans, il y a l'arbre des Droits de l'homme. Entre autres, j'y vais chercher des droits pour le consommateur; j'ai invité certains à m'y accompagner (FB: Consommateurs du Cameroun, Unissons-nous ici!). J'observe encore aujourd'hui, que certains d'entre nous ne s'impliquent jamais quelque soit le sujet. Pour beaucoup, la peur est toujours là. Même si la mère est sortie de leur vie, quelque autre être féminin non moins puissante a pris sa place: la police, la gendarmerie, la prison etc. Cette catégorie se trouve dans toutes les couches sociales, et même parmi les plus instruits d'entre nous. Du coup, certains n'ont que leurs photos comme post à partager sur les réseaux sociaux. Aucun sujet n'éprouve assez leur émotion et pourtant: ces gens ont dans leur famille: des mineurs en prison pour une durée indéterminée, n'ayant jamais vu un juge, des petites sœurs, frères ou enfants violés, des enfants non scolarisés, des parents spoliés de leurs terres etc.


 Bref beaucoup côtoient personnellement des cas de violation de droits humains… s'ils n'en sont pas eux-mêmes les pauvres victimes… comme le sont par exemple tous les consommateurs au Cameroun, lesquels voient leurs unités ou crédits téléphoniques, cette marchandise invisible, régulièrement siphonnés par l'opérateur lui-même. Mais… Ils ne viendront jamais sous le manguier avec nous. Ils attendront tranquillement au quartier que les mangues mûres arrivent, et bien entendu, elles vont arriver. Pourquoi?


 Parce que il y aura toujours le petit groupe qui partira du quartier pour la forêt, malgré l'évidence des coups de maman…


 Parce qu'il y aura dans le petit groupe, ceux qui grimperont très haut au sommet du manguier, bravant fourmis et serpents, et feront tomber les mangues… Ralph NADER pour les droits des consommateurs, Martin Luther King pour les droits civiques, Nelson Mandela pour les droits politiques… et pourquoi ne pas la citer, l'héritière Claire NDI SAMBA pour le travail abattu à la prison centrale de Yaoundé etc.


 Parce que, à côté des grands grimpeurs, il y aura ceux qui prendront les cailloux et les branchages pour accompagner l'action des grimpeurs et faire tomber plus de mangues: c'est le petit noyau parfois d'acteurs malheureusement anonymes que l'Histoire ne retient que parce qu'ils viennent témoigner en faveur du grimpeur… C'est aussi peut être une Rosa Park… ou une petite Malala Yousafzai,  toutes seules quelque part…


 Parce qu'à côté des grimpeurs et des acteurs anonymes, il y aura ce petit autre groupe de personnes qui rassemblent les mangues afin qu'il arrivent au quartier. Ce sont les militants de base francs et convaincus, qui ne désespèrent pas un jour d'accéder par la foi, l'action et la persévérance à l'un des deux premiers groupes… Mais c'est aussi vous et moi, quand nous prenons position, à partir au moins d'une petite phrase dans les réseaux sociaux, au bas d'un post militant… pour montrer que ce sujet, qui concerne tel humain ici ou plus loin, me concerne, forcément… simplement par solidarité humaine… Puisque, je vous ai dit, enfants, aucun autre enfant ne nous avait jamais dit qu'il n'aimait pas la mangue…


 Toute violation des droits humains entraine une souffrance dans la personne de la victime… Cette victime, en attendant que ce soit mon tour, compte sur moi… Car la souffrance est particulièrement démocratique: elle nous concerne TOUS.

REVEILLONS LE MILITANT QUI SOMMEILLE EN NOUS, SI CE N'EST PAR HUMANISME, AU MOINS PAR PRAGMATISME…

SENTONS-NOUS CONCERNES !


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