Du 16 au 30 octobre 2025, le Musée National de Kinshasa accueillera une exposition inédite intitulée « Mobutu : Une Vie, Un Destin », annoncée par Nzanga Mobutu sur son compte X. L’événement promet de dévoiler des photographies rares et des archives sur celui qui, pendant trente-deux ans, a incarné le Zaïre. Mais au-delà de l’exercice culturel, une question sensible s’impose : pourquoi ne pas rapatrier les restes du Maréchal, inhumé au Maroc depuis 1997 ?
Héritage contrasté
La mémoire collective congolaise garde de Mobutu une image double. D’un côté, l’homme d’État qui sut préserver l’unité d’un territoire immense, affirmer une identité nationale à travers l’authenticité et donner au pays un rayonnement diplomatique certain. De l’autre, le dirigeant autoritaire avec son chapelet d’abus. Mais dit-on du mal d’un mort en Afrique ? Cela fait partie de notre héritage, et c’est précisément cette ambivalence que l’exposition doit refléter.
Une mémoire à assumer
L’histoire ne se construit pas sur l’oubli sélectif. L’exposition ne saurait être une simple célébration nostalgique, mais une invitation à la lucidité. Montrer Mobutu dans toute sa vérité, c’est enseigner aux jeunes générations que la mémoire nationale est faite de contradictions, et qu’assumer ces contradictions est une condition de maturité collective. Rendre hommage ne signifie pas absoudre ; comprendre ne veut pas dire justifier.
Le débat du rapatriement
Dans ce contexte, le retour des restes de Mobutu prend une dimension symbolique. Après le rapatriement des reliques de Lumumba en 2022 et celui d’Étienne Tshisekedi en 2019, laisser Mobutu reposer en exil posthume interroge. Pourquoi ne pas le ramener sur sa terre natale ? Ce geste ne serait pas une réhabilitation, mais un acte de réconciliation. Il dirait : le Congo assume toute son histoire, avec ses grandeurs et ses blessures. À condition, toutefois, que ce retour s’accompagne d’un discours de vérité et de reconnaissance des victimes, afin que la mémoire ne soit pas travestie.
L’heure de la réconciliation nationale
Aujourd’hui, la République Démocratique du Congo a besoin de paix plus que de divisions. La réconciliation nationale est une aspiration partagée par tous, au-delà des clivages politiques et des héritages personnels. Dans cette quête, tous les présidents, morts ou vivants, doivent être considérés comme des acteurs de l’histoire nationale. Aucun ne peut être effacé, aucun ne doit être instrumentalisé. La mémoire de chacun, avec ses ombres et ses lumières, doit contribuer à bâtir un récit commun. Car la vengeance entretient les fractures, tandis que la réconciliation construit l’avenir. Le rapatriement de Mobutu, s’il est pensé dans cet esprit, peut devenir un symbole fort : celui d’un pays qui choisit de tourner la page sans l’arracher, de regarder son passé en face pour mieux écrire son futur.
Une maturité nationale à conquérir
L’exposition et le débat sur le rapatriement posent une question essentielle ; le Congo est-il prêt à regarder son passé en face ? La réponse ne viendra pas des vitrines du Musée National, mais de la capacité collective à transformer la mémoire en leçon. Car une nation qui n’assume pas ses ombres ne peut éclairer son avenir.
Prof. Joseph YAV KATSHUNG