À Luilu, les camions chargés de cuivre et de cobalt, ces minerais stratégiques indispensables aux technologies modernes traversent chaque jour les routes poussiéreuses. Derrière eux, ils laissent un voile gris qui recouvre les maisons, s’infiltre dans les poumons et s’accroche aux vêtements. Dans ce quartier périphérique de Kolwezi, dans la province du Lualaba en RDC, la poussière est devenue un élément du quotidien, plus présent que l’espoir d’un changement tangible.
Pourtant, le cadre juridique congolais et international est clair :
- Article 53 de la Constitution de la RDC : chaque citoyen a droit à un environnement sain et le devoir de le défendre.
- Article 23 de la Constitution : toute personne a droit à la liberté d’expression, par la parole, l’écrit, l’image ou tout autre moyen de communication.
- Code minier révisé (Loi n° 18/001 du 9 mars 2018) : 25 % des redevances minières doivent revenir aux entités territoriales décentralisées et 15 % aux provinces, pour financer des projets d’intérêt communautaire.
- Loi n° 11/009 du 9 juillet 2011 sur la protection de l’environnement : les exploitants sont tenus de prévenir, réduire et réparer les impacts négatifs de leurs activités.
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques (art. 19) et Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (art. 9) : droit de rechercher, recevoir et diffuser des informations.
Ces textes ne sont pas symboliques, ils imposent des obligations précises aux autorités et aux entreprises minières, et protègent le droit des citoyens à témoigner de leur réalité. C’est dans ce cadre que la campagne #VisitLuilu a vu le jour. Portée par des jeunes, des artistes et des influenceurs, elle documente en images et en vidéos la vie quotidienne dans ce quartier minier. Les publications montrent des enfants jouant dans la poussière, des routes défoncées, des habitations ternies par les particules. Elles rappellent que le développement ne se mesure pas à la hauteur des immeubles du centre-ville, mais à la qualité de vie dans les quartiers oubliés.
Et cette réalité jette une lumière crue sur les manquements. C’est une honte pour l’État, qui laisse perdurer une situation contraire à la Constitution. C’est une honte pour la province, qui reçoit une part des redevances minières mais ne garantit pas les services de base. C’est une honte pour les sociétés minières, qui extraient des richesses colossales tout en laissant les communautés riveraines respirer la poussière et vivre dans la précarité.
À quelques semaines du DRC–Africa Battery Metals Forum 2025, prévu du 29 au 30 septembre à Kolwezi, la question de Luilu doit être au centre des débats. Ce forum, qui sert de pilier à l'établissement d'une industrie des métaux de batterie inclusive et équitable, soutenant la croissance durable à grande échelle, la localisation et le développement socio-économique et qui réunira investisseurs, industriels, décideurs politiques et acteurs de la société civile autour de la transformation locale des minerais et de la transition énergétique, ne peut ignorer ce paradoxe : comment parler d’industrialisation durable et de chaînes de valeur locales alors que, juste à quelques kilomètres des salles de conférence, une communauté minière vit dans la poussière et l’abandon ?
Luilu doit devenir l’exemple qui oblige à passer des discours aux actes. Ce rendez-vous international est une occasion unique d’engager un plan d’action concret pour réduire la pollution et améliorer les infrastructures ; de garantir la transparence sur l’utilisation des redevances minières ; de mettre en place des projets pilotes de transformation locale bénéficiant directement aux communautés riveraines et, d’associer les communautés locales aux décisions, pour que les solutions soient adaptées aux réalités du terrain.
En diffusant ces images et ces témoignages, les habitants de Luilu exercent un droit garanti par la loi et les traités internationaux. Ils ne cherchent pas la provocation, mais l’application des textes. Ils exigent que la richesse extraite de leur sol se traduise en emplois locaux, en infrastructures durables, en accès à l’eau potable et à des soins de santé de qualité.
#VisitLuilu est plus qu’un hashtag : c’est un acte de vigilance démocratique, un outil de redevabilité publique et un rappel que la justice environnementale et sociale est inscrite dans le droit. Tant que Luilu n’aura pas retrouvé son souffle, cette voix collective continuera de se faire entendre et la honte continuera de peser sur tous ceux qui détournent le regard. Le droit de dire et le devoir d’agir sont garantis mais doivent être vécus à Luilu. #JeSuisLuilu
Prof. Joseph Yav