Le hasard, n'est pas une clé d'entrée à l'université

Publié le 28/06/2016 Vu 2 387 fois 0
Légavox

48 boulevard Albert Einstein

44300 Nantes

02.61.53.08.01

La saturation de certaines filières universitaires a conduit certains présidents d'université à introduire une sélection par tirage au sort. Cette modalité de sélection est considérée comme illégale par le tribunal administratif de Bordeaux.

La saturation de certaines filières universitaires a conduit certains présidents d'université à introduire

Le hasard, n'est pas une clé d'entrée à l'université

Le rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte a longtemps consisté dans l’accomplissement de son service militaire. Pendant longtemps, jusqu’en 1905,  le rituel du service militaire  donnait lieu à une sélection par tirage au sort. Les rites de passage ont depuis évolué et, aujourd’hui, l’obtention du baccalauréat et l’entrée à l’université remplissent les fonctions naguère dévolues au service des armes.

Que certaines universités aient décidé de recourir au tirage au sort pour sélectionner leurs étudiants pourrait donc s’autoriser de précédents et d’une parenté d’ordre sociologique.

Dans le monde du droit, les jeux de hasard, sont cependant considérés avec suspicion.

Cette méfiance explique sans doute en partie que, dans un jugement du 16 juin 2016, le tribunal administratif de Bordeaux ait annulé la décision de refus d’inscription d’un bachelier à l’université de Bordeaux recalé au tirage au sort (1).

Bien que, théoriquement, le baccalauréat constitue le premier grade universitaire, en pratique, l’afflux des étudiants souhaitant poursuivre des études supérieures est tel, que les capacités d’accueil des établissements sont insuffisantes pour tous les accueillir.

Au cas particulier, l’étudiant concerné par la décision de rejet de sa candidature avait manifesté le désir de s’inscrire en première année de licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) : une filière que l’on sait particulièrement prisée par les étudiants.

Les capacités d’accueil de l’université de Bordeaux ne pouvant satisfaire toutes les demandes, l’administration a eu l’idée de sélectionner les candidats par tirage au sort sans se préoccuper du point de savoir si ce mode de sélection avait été prévu par les textes.

Le tribunal censure l’administration sur ce point.

Se rapportant aux dispositions de l’article L.612-3 du code de l’éducation, le tribunal indique que, dans l’hypothèse d’une insuffisance des capacités d’accueil, le texte législatif renvoie la responsabilité d’organiser les modalités d’inscription des étudiants au ministre de l’enseignement supérieur lequel doit prendre en considération, le domicile, la situation de famille du candidat et les préférences qu’il a pu exprimer.

Le tribunal constate ensuite, que le ministre de l’enseignement supérieur s’est pour l’instant abstenu d’édicter le texte d’application de la loi :

« il ne ressort d’aucune pièce du dossier qu’une telle réglementation permettant de fonder la procédure de tirage au sort mise en oeuvre en l’espèce existerait »

A titre préventif,  le juge indique ensuite à l’administration que, dans l’hypothèse où un tel texte interviendrait, il ne pourrait être considéré comme légal, et le ministre compétent pour l’édicter, qu’à la condition de ne pas ajouter à la loi et de mettre en oeuvre les critères posés par le code de l’éducation :

« La compétence du ministre ne pouvait légalement s’exercer en l’espèce qu’en suivant les modalités prévues par cette disposition du code de l’éducation » 

En filigrane, on peut également considérer ce jugement comme le révélateur des carences de la politique du gouvernement en matière d’enseignement supérieur, puisque, est de nouveau pointé le vide juridique ne permettant pas d’appliquer un texte législatif.

Une observation analogue avait été faite à propos de la sélection en masters : l’absence d’intervention du décret prévu par la loi,  condamnant à l’illégalité toutes les formes de sélection inventées par les présidents d’université.

Jean-Yves TRENNEC.

1 TA de Bordeaux, 16 juin 2016 req. n°1504236.

2 Rappel à la loi pour les universités : Le Conseil d’Etat interdit la sélection dans les universités (village de la justice, 9 mars, 2016).

Vous avez une question ?

Posez gratuitement toutes vos questions sur notre forum juridique. Nos bénévoles vous répondent directement en ligne.

Publier un commentaire
Votre commentaire :
Inscription express :

Le présent formulaire d’inscription vous permet de vous inscrire sur le site. La base légale de ce traitement est l’exécution d’une relation contractuelle (article 6.1.b du RGPD). Les destinataires des données sont le responsable de traitement, le service client et le service technique en charge de l’administration du service, le sous-traitant Scalingo gérant le serveur web, ainsi que toute personne légalement autorisée. Le formulaire d’inscription est hébergé sur un serveur hébergé par Scalingo, basé en France et offrant des clauses de protection conformes au RGPD. Les données collectées sont conservées jusqu’à ce que l’Internaute en sollicite la suppression, étant entendu que vous pouvez demander la suppression de vos données et retirer votre consentement à tout moment. Vous disposez également d’un droit d’accès, de rectification ou de limitation du traitement relatif à vos données à caractère personnel, ainsi que d’un droit à la portabilité de vos données. Vous pouvez exercer ces droits auprès du délégué à la protection des données de LÉGAVOX qui exerce au siège social de LÉGAVOX et est joignable à l’adresse mail suivante : donneespersonnelles@legavox.fr. Le responsable de traitement est la société LÉGAVOX, sis 9 rue Léopold Sédar Senghor, joignable à l’adresse mail : responsabledetraitement@legavox.fr. Vous avez également le droit d’introduire une réclamation auprès d’une autorité de contrôle.

A propos de l'auteur
Blog de SCP Arents-Trennec avocats

Bienvenue sur le blog de SCP Arents-Trennec avocats

Demande de contact
Image demande de contact

Contacter le blogueur

Mes liens
Informations

La SCP ARENTS TRENNEC est un cabinet d'avocats composé de spécialistes .

Vous pouvez nous joindre au 

01 64 33 66 46 ou

01 49 63 19 91

mail : contact@scp-arents-trennec.com

consultation.avocat.fr
Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux et sur nos applications mobiles