succession France et lBelgique

Publié le 25/09/2025 Vu 161 fois 0
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Monsieur Dupont, retraité français installé depuis dix ans en Wallonie, pensait avoir tout prévu.

Monsieur Dupont, retraité français installé depuis dix ans en Wallonie, pensait avoir tout prévu.

succession France et lBelgique

Un petit pavillon dans la campagne belge, quelques économies placées sagement, et des enfants restés en France à qui il souhaitait tout léguer, sans histoires.

 Mais au moment de son décès, c’est une toute autre réalité qui s’est imposée : délais de règlement rallongés, demandes fiscales venues de deux pays, incompréhensions sur la répartition des biens, et au final, une addition salée pour ses héritiers. Ce scénario n’a rien d’exceptionnel. Il est même de plus en plus courant.

À l’heure où les frontières se franchissent avec une étonnante facilité dans la vie quotidienne, le droit, lui, reste attaché aux territoires. Et dans le domaine des successions, cette frontière entre la France et la Belgique, pourtant si poreuse en apparence, peut se révéler brusquement rigide, complexe et parfois impitoyable. Derrière les notions d’État de résidence, de lieu de situation des biens, ou encore de domicile fiscal, se cachent des mécanismes qui peuvent transformer une succession apparemment simple en véritable casse-tête transnational.

La Belgique attire depuis longtemps les contribuables français, notamment pour sa fiscalité successorale considérée comme plus douce, l’absence d’impôt sur la fortune, et une plus grande liberté dans la répartition des biens. Mais cette attractivité peut devenir un piège si l’on oublie que la France n’abandonne pas si facilement sa compétence fiscale. En effet, si les héritiers résident en France, ou si une partie du patrimoine est situé sur le sol français, le fisc français peut tout à fait intervenir, indépendamment de la résidence du défunt.

 De même, en Belgique, les droits de succession varient selon les Régions, et les règles ne sont pas aussi uniformes qu’on pourrait le croire. Résultat : deux législations qui s’emboîtent mal, des conventions fiscales mal maîtrisées, et des familles confrontées à des obligations dont elles n’avaient pas mesuré la portée.

Ces situations soulèvent de nombreuses questions pratiques et juridiques. Quelles sont les règles applicables selon le pays de résidence du défunt ? Les biens situés en France sont-ils taxés même si le défunt vivait en Belgique ? La convention franco-belge de 1959 protège-t-elle vraiment contre la double imposition ? Faut-il prévoir une donation, un testament, ou une structure de détention adaptée pour optimiser la transmission ? Le règlement européen sur les successions permet-il réellement de clarifier les choses ? Et surtout, comment éviter de mettre ses héritiers dans une situation inconfortable, voire conflictuelle ?

Organiser une succession entre la France et la Belgique ne relève pas seulement du bon sens : cela exige une anticipation minutieuse, une compréhension des régimes juridiques et fiscaux de chaque pays, et souvent, l’accompagnement de professionnels familiers des deux systèmes. C’est une démarche qui allie stratégie patrimoniale, connaissance du droit international privé, et attention portée aux volontés familiales.

Dans cette analyse, nous nous attacherons à démystifier les principales difficultés, à illustrer les pièges les plus courants, et à proposer des solutions concrètes pour les éviter. Car dans un contexte franco-belge, hériter ne devrait jamais être une mauvaise surprise.

 

 

I. Cadre juridique : compétence, loi applicable et sécurité des volontés

 

A. Le règlement (UE) n° 650/2012 : principes d’unification partielle du droit des successions

Le règlement (UE) n° 650/2012, entré en application le 17 août 2015, constitue la pierre angulaire du droit successoral international dans l’Union européenne (hors Danemark et Irlande). Il vise à harmoniser la loi applicable aux successions transfrontalières et à garantir la reconnaissance des décisions successorales dans tous les États membres concernés.

 

1. La règle de la résidence habituelle

Conformément à l’article 21 du règlement, la loi applicable à l’ensemble d’une succession est celle de l’État dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès. Cette règle s’applique même si le défunt possédait des biens dans plusieurs pays.

Cela signifie qu’un français installé en Belgique, sauf volonté contraire, verra sa succession régie par le droit belge, notamment en ce qui concerne la réserve héréditaire, l’ordre des héritiers, ou les règles de partage.  

 

2. L’exception : professio juris (choix de loi nationale)

L’article 22 du règlement permet au testateur de choisir la loi de sa nationalité (ou l’une d’entre elles s’il a plusieurs nationalités) pour régir sa succession. Cela permet notamment à un Français résidant en Belgique de faire primer le droit français sur le droit belge, notamment pour protéger ses héritiers réservataires ou assurer une gestion successorale plus familière.

Cependant, ce choix doit être exprès, c’est-à-dire consigné dans un testament, rédigé selon les formes admises (notarié ou olographe).

 

B. Reconnaissance mutuelle et limites : le rôle du certificat successoral européen et l’ordre public

 

1. Le certificat successoral européen (CSE)

Le règlement a aussi instauré le certificat successoral européen (CSE), destiné à faciliter les démarches dans les successions transfrontalières. Il permet aux héritiers, légataires ou exécuteurs testamentaires de prouver leur qualité à l’étranger, sans devoir obtenir un jugement d’homologation dans chaque pays.

Ce certificat est valable dans tous les États membres, et facilite notamment la restitution de fonds bancaires, le transfert de titres, ou la mutation immobilière.

 

2. L’exception d’ordre public international

Cependant, le règlement prévoit une clause de sauvegarde : un État membre peut refuser l’application d’une disposition étrangère qui serait manifestement incompatible avec ses principes fondamentaux, notamment la protection des héritiers réservataires.

Par exemple, la France pourrait refuser d’appliquer une clause belge excluant un enfant de la succession, si cela heurte la réserve héréditaire française (article 912 du Code civil).

 

II. Fiscalité et arbitrage entre France et Belgique

 

A. Analyse comparative des régimes fiscaux successoraux

 

1. Belgique : une fiscalité régionale et variable

Contrairement à la France, la Belgique ne possède pas un barème fiscal unique. Les Régions (Wallonie, Bruxelles-Capitale, Flandre) disposent chacune de leurs propres taux et abattements. Les droits de succession belges dépendent du lien de parenté et de la valeur nette de l’héritage.

 

Par exemple :

 

2. France : abattements et imputation fiscale

La France accorde un abattement de 100 000 € par enfant, et les conjoints/pacsés sont exonérés de droits.

Les taux sont progressifs :

  • De 5 à 45 % en ligne directe,
  • Jusqu’à 60 % entre non-parents.

 

En cas de succession mixte, la France impose :

 

B. Stratégies d’optimisation successorale : pour éviter les pièges fiscaux

 

1. Usufruit successif et réversion de donation

La donation avec réserve d’usufruit, voire avec clause de réversion, est très utilisée en planification franco-belge. Elle permet de transmettre la nue-propriété d’un bien en gardant son usage.

En France, cette technique est fiscalement optimisée. En Belgique, la législation (notamment flamande) s’est durcie pour éviter les abus : une taxation post-mortem est possible si le donateur continue à jouir du bien après la donation.

Il est donc essentiel d’analyser le droit local applicable à la résidence et au bien, et d’éventuellement renoncer à l’usufruit avant le décès pour éviter une requalification fiscale.

 

2. Legs croisé, double legs et legs caritatifs

En cas de patrimoine situé dans les deux pays, le legs croisé (entre conjoints) ou le double legs (à un héritier et à une fondation) permet d’optimiser les droits via la déductibilité ou la transmission indirecte exonérée.

Par exemple, un legs à une association caritative exonérée de droits (en Belgique ou France) peut permettre de limiter la taxation globale de la succession. Ces stratégies nécessitent cependant un conseil notarial précis pour respecter les législations des deux États et éviter une double imposition.

 

Sources :

1.       Règlement (UE) n°650/2012 – Article 21

2.      Accueil | Notaires de France

3.      https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=199805&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2684780

4.      Particuliers | SPF Finances

5.      Accueil | bofip.impots.gouv.fr

6.      Fédération Royale du Notariat belge – Planification successoraleNotaires de France – Les stratégies patrimoniales internationales

7.      Notaires de France – Les stratégies patrimoniales internationales

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